SAUT A LA PERCHE

SAUT A LA PERCHE

1. Evolutions au niveau international

1800 av J.C. à 1889 : des origines aux Climbers anglais

Les origines du saut à la perche sont nombreuses. Elles sont tout

à la fois crétoises, grecques, celtes, germaniques et anglaises.

Si c’est dans l’Angleterre du milieu du XIXe siècle qu’est

apparue la forme sportive compétitive de l’activité, dans une dimension

de franchissement vertical, on retrouve des traces de pratiques

religieuses et culturelles dès le deuxième millénaire avant notre ère.

Dans les régions celtes, une perche était employée dans une perspective

utilitaire par les chasseurs, afin de se déplacer au plus vite par dessus les

nombreux petits cours d’eau et autres marais des zones marécageuses

des Fens de la Mer du Nord.

Le célèbre peintre espagnol Goya consacre même une de ses

toiles à un sauteur à la perche, évitant un taureau lors d’une corrida en

Espagne, à la fin du XVIIIe siècle.

Dès 1834, les premières compétitions sportives sont organisées au sein d’universités anglaises. Les

performances accomplies avoisinent les 3 mètres et sont réalisées à l’aide de lourdes perches en bois,

en frêne, en châtaignier, en sapin ou encore en hickory, d’une dizaine de kilos. La vitesse de la course

d’élan est considérablement réduite, ce qui conditionne la technique du saut, avec l’apparition des

climbers

– les grimpeurs. Ces derniers piquent leur engin dans le sol, puis grimpent le long de celui-ci,

avant de franchir la barre. Parmi eux, Richard DICKINSON réussit 3,58 m en 1891.

Il est le dernier de sa génération, puisque dès la fin des années 1860, l’activité est importée aux

Etats-Unis puis au Japon. L’évolution des matériaux, avec l’utilisation du bambou, beaucoup plus

souple et plus léger comparativement aux autres bois utilisés précédemment, permet aux sauteurs

américains de reconsidérer la technique de saut. Celle-ci évolue alors rapidement vers la forme

actuelle, où la course d’élan devient prioritaire.

1889-1960 : L’ère des perches rigides

Dès 1889, la fédération américaine (AAU) impose la règle suivante: « aucun compétiteur ne

doit, pendant le saut, déplacer l’une de ses mains, vers le haut, le long de la perche, quand il quitte le

sol »

peuvent alors exercer leur domination sans partage sur la discipline. La technique générale du saut

n’évolue guère, si ce n’est pour le franchissement de la barre. Accroupis au dessus de la barre lors des

prémisses sportives, puis utilisant une technique de franchissement horizontale en « drapeau », le

record du monde progresse avec la mise au point du « jack knife » qui consiste à franchir la barre sur le

ventre, le corps cassé. C’est finalement le Norvégien Charles HOFF, recordman du monde dans les

années 1920, qui apporte la plus grande évolution technique sur les perches rigides, en laissant monter

les jambes bien au dessus de la barre, tant que le sauteur est en appui sur sa perche. La technique

actuelle est d’ailleurs toujours inspirée du fly away, dans laquelle le renverser et l’extension précèdent

le franchissement. C’est paradoxalement durant la Seconde Guerre mondiale que l’Américain

Cornelius WARMERDAM porte le record mondial à 4,78 m en salle, en 1943. L’exploit est de taille,

dans la mesure où il utilise une perche en bambou, sur une piste d'élan en herbe, avant de retomber à

même le sol, les fosses de réception n’existant pas encore à cette époque.

Au lendemain de la guerre, seuls les Scandinaves parviennent à contester la domination

américaine. Ils profitent de leurs ressources en acier pour remplacer le bambou. Bien que le record ne

progresse que très peu dans les quinze années qui suivent, Don BRAGG réalisant 4,80 m en 1960, soit

3 cm de plus que WARMERDAM, on assiste à une densification des performances de premier plan.

Des années 1960 au début des années 1990 : les ascensions vertigineuses grâce aux matériaux

composites

Dans les années 1950, des ingénieurs de l’US Air Force, tels Herb JENKS à la pointe des

recherches en nouveaux matériaux composites, ont l’idée de se servir des propriétés élastiques de la

fibre de verre pour le saut à la perche. Malgré des débuts balbutiants et quelques premiers essais

infructueux, la qualité de ce nouveau matériau évolue rapidement et permet au Grec Georgios

ROUBANIS de remporter la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Melbourne en 1956. A partir

des années 1960, la fibre de verre entraîne un bouleversement technique de l’activité, qui se traduit

aussitôt en termes de performances. Le nouveau matériau permet en effet d’emmagasiner davantage

d’énergie en se fléchissant grâce à un écart de bras bien plus important que lors des perches rigides. En

1964, le record du monde est ainsi porté à 5,28 m par Fred HANSEN, alors qu’il n’était qu’à 4,80 m

quatre ans plus tôt. L’évolution est telle que certains puristes s’insurgent contre les propriétés de la

nouvelle activité. Harold ABRAHAMS, le champion olympique du 100 m de Paris en 1924, héros du

mythique Les Chariots de Feu, parle d’une activité de saltimbanque, et même de tricherie. Les

instances internationales (IAAF) hésitent un temps à reconnaître les performances sur la fibre de verre,

mais il est déjà trop tard : les meilleurs mondiaux utilisent désormais tous le nouveau matériau, qui

permet d’envisager les hauteurs les plus folles.

Aux Jeux de Mexico en 1968, Bob SEAGREN est le seizième et

dernier Américain à remporter le titre olympique, avec 5,40 m. En effet,

l’instauration puis la généralisation du sport d’état communiste à partir des

années 1970, disposant de moyens humains, matériels et financiers

considérables, permet l’éclosion de sauteurs soviétiques, polonais ou

allemands qui dominent de plus en plus la discipline, tel que l’Est-

Allemand Wolgang NORDWIG, champion olympique à Munich en 1972.

Avec 5,70 m en 1976, Dave ROBERTS est le dernier américain à inscrire

son nom sur les tablettes du record du monde. Dans les années 1980 et

1990, les perchistes américains sont systématiquement dominés par les

sauteurs français (Thierry VIGNERON, Pierre QUINON, Jean

GALFIONE), et soviétiques (Sergueï BUBKA, Maxim TARASOV,

GATAULLIN).

C’est au cours des premiers championnats du monde d’athlétisme qui se déroulent en 1983 à

Helsinki, que se révèle le Soviétique d’origine ukrainienne, Serguei BUBKA. Année après année, il se

constitue le plus impressionnant des palmarès avec entre autres 6 titres de champion du monde, 1 titre

olympique, 35 records du monde. Il réalise même 6,15 m dans sa salle de Donetsk en février 1993,

record toujours en vigueur à l’heure actuelle.

La carrière de BUBKA est également impressionnante en termes de longévité, près de deux

décennies au total, puisqu’il ne se retire définitivement qu’à l’issue des Jeux Olympiques de Sydney

en 2000. Le Soviétique connaît tout d’abord le sport d’état dans un contexte d’athlétisme amateur. Il

ne peut alors en aucun cas être rémunéré pour ses exploits. Il en est tout autrement après 1991 et

l’effondrement du bloc communiste. Au sein d’un contexte athlétique qui se professionnalise, BUBKA

peut alors monnayer chacun de ses records et être sponsorisé.

Serguei BUBKA, symbole de l’économisation et de l’internationalisation du saut à la perche des

années 1990-2000

L’arrivée de Primo NEBIOLO à la tête de l’IAAF au début des années 1980

facilite d’autant plus cette « économisation » de l’athlétisme, avec l’avènement

de l’ère des meetings primés. C’est ce qui explique la progression centimètre par

centimètre du record du monde, l’Ukrainien cherchant à rentabiliser un

maximum chacune de ses performances après 1991. Il devient à cette époque le

2ème athlète le mieux payé au monde, derrière le sprinter Carl LEWIS.

Depuis la retraite sportive du « tsar » en 2000, le niveau des meilleurs

perchistes mondiaux tend à régresser. En outre, la représentativité par pays est

extrêmement diversifiée, avec l’émergence de nouvelles nations telles que

l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Allemagne, ou encore Israël au côté des pays

traditionnels que sont les Etats-Unis, la France et la Russie. Cette

« internationalisation » du saut à la perche depuis les années 1990 est la

conséquence directe de la fin du bloc soviétique. De nombreux sauteurs et

entraîneurs de l’ex-URSS ont en effet émigré vers des nations susceptibles de

leur apporter un niveau de vie élevé. C’est par exemple le cas des sauteurs Dmitri MARKOV et Victor

CHISTIAKOV en Australie, ou encore celui de Vitaly PETROV, l’ancien entraîneur de Serguei

BUBKA, qui officie désormais en Italie.

S’agissant des évolutions technologiques, les fosses de réception en mousse, les pistes d’élan

en revêtements synthétiques, les perches en fibre de verre ou de carbone sont quasiment les mêmes

que trente ans auparavant. Seule la découverte d’un nouveau matériau, toujours plus flexible et plus

léger, pourrait amener une rénovation majeure de l’activité.

Les années 2000 : l’avènement de la perche féminine

Il a fallu attendre les championnats du monde de Séville en 1999, pour

que la perche féminine soit reconnue comme une discipline officielle. La

pionnière australienne Emma GEORGE porte le record mondial à 4,60 m en

1998, tandis que l’Américaine Stacey DRAGILA remporte le premier titre de

championne olympique à Sydney en 2000. Depuis 2004, la Russe Yelena

ISINBAYEVA règne sur la discipline, remportant l’or à chaque grand

championnat et propulsant le record mondial à 5,01 m lors de son premier titre

mondial à Helsinki en 2005. Les meilleures féminines bénéficient d’ailleurs

d’un regard médiatique et financier à la hauteur de leurs homologues

masculins, ce qui devrait permettre de faire progresser le record mondial aux

alentours des 5,20 m dans les prochaines années.

Aux Jeux olympiques à Pékin en 2008, ISINBAYEVA porte le record du monde à 5,05 m.

Les évolutions techniques majeures

Au plan technique, la principale évolution depuis l’avènement des perches souples dans les

années 1960 concerne l’augmentation progressive de l’écart des mains afin de faire fléchir l’engin.

C’est ce qui a permis au record du monde d’être porté au-delà des 6 mètres. Néanmoins deux grands

modèles techniques peuvent se distinguer à l’heure actuelle : le modèle PETROV-BUBKA et le

modèle français (voir ci après).

Le modèle technique de PETROV se différencie de la conception technique française

principalement par l’intention que doit avoir le perchiste au moment de l’impulsion. Si les Français ont

empiriquement cherché à se servir au maximum des propriétés élastiques des perches en fibre de verre

apparues dans les années 1960, PETROV est demeuré au contraire attaché à l’ancienne technique

valable avec les perches rigides en métal, à savoir redresser en priorité le levier. Par conséquent, les

athlètes français ont généralement un écart de bras important afin de faciliter la flexion de la perche

après l’impulsion. En outre, un grand écart de bras leur permet de se servir volontairement de l’appui

inférieur pour déclencher la phase du renverser. Le perchiste « conduit » son saut.

A l’opposé, PETROV postule que si le perchiste possède un trop grand écart de bras, il

diminue son angle sol-perche à l’impulsion, ce qui accroît d’autant les difficultés à redresser le levier.

En outre, fléchir la perche nécessite de l’énergie à l’impulsion. PETROV a donc développé la notion

d’« appel libre », lorsque le perchiste décolle juste avant d’avoir entamé la flexion de sa perche. S’il

est délicat d’affirmer et plus encore de prouver quelle est la réflexion technique la plus performante,

tant les contextes d’entraînements et les gabarits des sauteurs peuvent varier, il apparaît que PETROV

n’a été en mesure d’appliquer concrètement son modèle que par l’intermédiaire d’un seul de ses

athlètes, à savoir Serguei BUBKA, celui-ci détenant le record absolu avec un saut à 6,15 m.

Lorsque l’on visualise un kinogramme d’un saut à la perche (voir photographies ci-dessous),

l’écart de main (flèche bleue), et l’observation du bras inférieur (flèche rouge) sont deux bons indices

pour savoir si l’athlète concerné utilise ou non la méthode de PETROV.2. Evolutions en France

Le pionnier du saut à la perche en France est Fernand GONDER qui s’empare du record du

monde, avec 3,69 m en 1904 puis 3,74 m en 1905. Il faut ensuite attendre les années 1960 pour voir à

nouveau un Français au top-niveau mondial avec Hervé D’ENCAUSSE, qui bat le record d’Europe

avec 5,37 m en 1968. C’est à cette époque que Maurice HOUVION, ancien recordman de France,

devient entraîneur national. Il le restera jusqu’en 2000. Il met en place un groupe d’entraînement à

l’INSEP à Paris. Jean GALFIONE, champion olympique à Atlanta en 1996 et champion du monde en

salle en 1999 avec un saut record à 6 m en est issu. De même que son fils, Philippe HOUVION, qui

bat le record du monde en 1980, avec 5,77 m. C’est à cette époque de la fin des années 1970 et du

début des années 1980 que la perche française est à son apogée.

Jean-Claude PERRIN, entouré de Georges

MARTIN et d’Alain RIPOLL constitue un second

groupe à Colombes. Une génération exceptionnelle

apparaît alors, puisque outre Philippe HOUVION,

Thierry VIGNERON bat le record du monde à de

multiples reprises entre 1980 (5,75 m) et 1984 (5,91

m), remportant le bronze aux Jeux Olympiques de

Los Angeles en 1984 et l’argent aux championnats du

monde de Rome en 1987.

Pierre QUINON bat lui aussi le record du monde en 1983 (5,82 m) avant de gagner l’or

olympique à Los Angeles, devant VIGNERON. Ce premier titre olympique français est suivi douze

L’observation de l’impulsion de Serguei

BUBKA (photo de gauche) laisse apparaître

un faible écart de bras, ainsi qu’une non

recherche de flexion de perche ; ce qui

indique très clairement la présence du modèle

technique de PETROV. A l’opposé, le grand

écart de bras, autorisant un bras inférieur

(gauche) tendu de Jean GALFIONE,

contribue à une flexion immédiate de la

perche dès l’impulsion, ce qui implique une

absence d’influence du « modèle technique

avancé ».

ans plus tard par celui de GALFIONE à Atlanta, faisant du saut à la perche le plus beau palmarès de

l’athlétisme français. A présent, Romain MESNIL continue à entretenir cette tradition de résultats de

premier plan des perchistes français, en remportant l’argent aux championnats d’Europe de Göteborg

en 2006, ainsi qu’aux championnats du Monde d’Osaka en 2007.

Du côté des féminines, surnommées les « merchistes » par Maurice HOUVION, suite aux

premiers records de France de la pionnière Caroline AMMEL, ou encore de l’ancienne recordwoman

junior Amandine HOMO (4 m 31 en 1999), seule Vanessa BOSLAK est actuellement en mesure de

rivaliser avec les meilleures spécialistes mondiales, avec un record personnel à 4,70 m en 2006.

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