LE MARTEAU

LANCER DE MARTEAU

1. Evolutions au niveau international

Le marteau est la déformation de l’un des nombreux jeux celtes que l’on retrouve

encore de nos jours dans les HIGHLAND GAMES. La mythologie celte et particulièrement

irlandaise parle déjà des exploits de CUCHULAINN, guerrier et champion de l’Ulster, le

pendant de l’Achille grec, et qui était sans rival lorsque qu’il s’agissait de lancer une roue de

char maintenue par la moitié de son essieu. Cette pratique demeure fort répandue dans toutes

les îles britanniques tant par les communautés villageoises que par la noblesse. Au XVIème

siècle, Henri VIII en est un redoutable spécialiste (certaines armures et témoignages font

penser à une stature de près de 2m…). Le marteau de forge supplante ensuite progressivement

la roue de char et cette activité gagne les Etats-Unis au cours du 19ème siècle.

Devant la disparité des pratiques - sans élan aux Etats-Unis,

avec élan au Royaume Uni - et des engins utilisés, la discipline est

petit à petit réglementée entre 1876 et 1887 et le marteau

« moderne » composé d’une sphère, d’un câble et d’une poignée est

mis au point. Sa longueur (1,215m, qui est toujours la cote actuelle)

et la zone d’évolution (cercle) sont codifiées.

Dans un premier temps, ce sont les Irlandais fraîchement

émigrés qui font progresser la spécialité. Ils dominent pendant toute

la fin du 19ème siècle et le début du 20ème et jusqu’au milieu des années 30. MITCHELL

réalise 44,21m en 1892 dès son arrivée aux Etats-Unis, où il est

rapidement relayé par l’athlétique John FLANNAGAN qui domine

la discipline de 1895 à 1909 en faisant évoluer le record du monde

de 44,46m à 56,19m. Il remporte trois titres olympiques avec une

technique assez rudimentaire constituée de moulinets suivis de 2

ou 3 tours effectués en décollant les deux appuis et sur des

plateaux en herbe ou terre battue. Parmi la cohorte de ceux qu’on

surnomme les « baleines irlandaises » en raison de leur origine et

de leur physique, seul Pat RYAN réussit à battre son record grâce à

un jet de 57,77 m réalisé en 1913 et qui n’est battu qu’en 1938 !

Même si le record du monde n’est battu qu’à la fin de cette période, un certain nombre

d’évolutions voient le jour.

Au niveau matériel, on passe tout d’abord de plateaux en herbe ou terre battue à des

plateaux en béton et quelquefois des cages de protection.

Au niveau de la pratique, elle s’étend en dehors des pays anglo-saxons avec

notamment l’apparition d’écoles dans les pays scandinaves et quelques pays de l’Est européen

(Pologne, Hongrie).

Enfin, au niveau technique, les appuis évoluent vers des poses en « talon plante ».

Cette dernière technique est découverte par Pat O’CALLAGHAN dans les années 30. Elle est

perfectionnée et banalisée par l’école allemande et son entraîneur Sepp CHRISTMANN, dont

les deux élèves BLASK et HEIN réussissent le doublé aux Jeux olympiques de Berlin en

1936, le record du monde passant en 1938 à 59m. Les plateaux en béton favorisent cette

technique, mais sur terre battue - c’est encore le cas sur beaucoup de stades - les lanceurs

utilisent des chaussures à pointes.

Alors que le record du monde, avant la guerre, avait progressé de seulement 3 mètres

en un peu plus de 30 ans, après la guerre, il fait un bond de 27 mètres en un peu moins de 40

ans. Les causes sont multiples pour expliquer cette « inflation ». Bien sûr les progrès

techniques et l’amélioration du matériel sont une des premières causes de l’évolution.

L’accroissement de la pratique qui se généralise sur les cinq continents amène également à

l’avènement des écoles des pays de l’Est qui vont devenir les moteurs de la discipline. Dans

ce cadre, la préparation physique et la détection orientée se développent énormément. On

passe de fait à une autre dimension.

Au niveau de l’évolution de la technique et des performances, plusieurs périodes semblent se

dégager.

Entre 1945 et 1968, la technique utilisée est assez caractéristique. Une majorité de

lanceurs utilise trois tours (seule l’école japonaise s’aventure sur quatre). La recherche

exagérée de torsion et d’un point bas situé trop à droite s’accompagne d’une diminution du

rayon de lancer avec un bras droit fléchi.

Du côté des performances, durant cette période, les 60 mètres sont dépassés par les Hongrois

Josef CZERMAK et Imre NEMETH qui s’adjugent les titres olympiques à Londres en 1948

et Helsinki en 1952. Le relais est ensuite pris par le Norvégien Sverre STRANDLI. Si l’école

hongroise reste un des piliers de la spécialité, l’avènement de l’école soviétique débute dès

1954 avec les 63,34 m de Michail KRYVOSONOV. Il amène le record du monde jusqu’à

67,32 m en 1956. Après lui, Harold CONNOLLY domine la spécialité de 1956 à 1965.

L’Américain, champion olympique à Melbourne de justesse, passe les 70 mètres et porte le

record du monde à 71,26 m. Néanmoins les Jeux olympiques ne lui réussissent plus et il est

battu par les Soviétiques RUDENKOV puis Romuald KLIM à Rome et Tokyo en 1960 et

1964. La suprématie soviétique est tout de même battue en brèche par le Hongrois Gyulai

ZSIVOTSKY, champion olympique à Mexico en 1968, et recordman du monde la même

année avec 73,76 m.

En 1969, s’ouvre une nouvelle période qui court jusque 1995. Pendant cette période,

aucun titre majeur européen, mondial ou olympique n’échappe aux athlètes soviétiques ou

plus largement aux athlètes de l’Est. Grâce à un énorme réservoir de lanceurs et d’entraîneurs

professionnels ils dominent sans partage cette période. Un renouvellement d’athlètes

talentueux et une avance notoire dans la technique du lancer font le reste. Anatoli

BONDARTCHUK, Valentin DMITRIENKO et Alexeï SPIRIDONOV récoltent titres et

accessits. BONDARTCHUK passe le premier la ligne des 75 mètres et gagne les Jeux

olympiques de Munich. Entre 1975 et 1980 l’école allemande se réveille avec les records du

monde de Karl Heinz RIEHM et Walter SCHMIDT, mais c’est un Soviétique, Boris

ZAITCHUK, qui passe le premier la barre des

80 mètres en 1978. A Montréal, un triplé

soviétique sonne pourtant le glas de leurs

espoirs. Le vainqueur n’est autre qu’un jeune

athlète de 21 ans, Youri SEDYKH, un élève du

« vieux » BONDARTCHUK. C’est la première

d’une longue série de victoires dans les

championnats majeurs, accompagnées de

multiples records du monde qui vont faire de lui

le plus grand lanceur de marteau de l’histoire

avec six records du monde souvent battus en

grand championnat et un palmarès incroyable

(Champion olympique en 1976, 80 Champion

du Monde en 1991, Champion d’Europe en 1978, 1982 et 1986, vice Champion du monde en

1983 et olympique en 1988). SEDYKH symbolise alors la réussite de l’école soviétique. Les

progrès techniques liés à l’amélioration des facteurs d’accélération de l’engin (bras allongés,

reprise plus précoce du pied droit, point bas sur l’axe) s’accompagnent chez lui d’un mental

qui le rend quasi invulnérable dans les grands événements. Les autres Soviétiques (Juri

TAMM et Igor NIKULIN) se partagent les miettes du gâteau.

Le dernier titre de Youri SEDYKH, toujours

recordman du monde avec 86m74 réalisés en 1986

sur 3 tours alors que la majorité lance alors sur 4, se

situe au Championnats du Monde de Tokyo en

1991. Seul son compatriote Sergei LITVINOV, un

autre monument de la discipline lui donne la

réplique (Champion du monde en 1983 et 1987 et

champion olympique en 1988). Il bat aussi trois fois

le record du monde et réalise 86,04 m. Leur

palmarès aurait encore pu s’enrichir sans le boycott

de l’URSS aux Jeux olympiques de LOS

ANGELES en 1984.

La tradition sera maintenue par Igor ASTAPKOWITCH, Andreï ABDUVALIEV et Vassili

SIDORENKO, titrés que ce soit pour le compte de la Russie, de l’URSS ou de la CEI, à Split,

Barcelone, Stuttgart, Helsinki ou Göteborg.

Depuis les Jeux d’Atlanta on assiste désormais à un éclatement du monopole. La

densité des athlètes autour des 80 mètres est forte mais plus aucun ne figure au-delà des 85

mètres. La hiérarchie est fluctuante mais quelques écoles et lanceurs reviennent

régulièrement. C’est le cas des Hongrois avec entre autres Balasz KISS, Tibor GESCZEK,

Adrian ANNUS et NEMETH. Les Allemands Heinz WEISS et Karsten KOBS, les Ukrainiens

SKVARUK, KRIKUN et PISKUNOV, les Polonais avec ZIOLKOWSKI, les Biélorusses

avec TYKHON (86,73 m en 2005) et DEMIATOWSKI et enfin le Japonais MUROFUSHI

font partie de ceux-là.

Aujourd’hui, les progrès métriques sont pour l’instant bloqués et SEDYKH reste la référence.

Chez les femmes, pour des raisons parfois obscures, le lancer du marteau apparaît très

tardivement. Le poids de l’engin est fixé à 4kg et sa longueur à 1,195m. Il ne fait partie du

programme des grands championnats qu’à la fin du 20ème siècle. La pratique se construit à la

fin des années 80 en URSS et aux USA, mais il faut attendre la fin des années 90 pour le voir

figurer en championnat international : en 1998 il est disputé aux Championnats d’Europe de

Budapest, en 1999 aux championnats du Monde de Séville et enfin en 2000 aux Jeux

olympiques de Sydney.

Après une période de « défrichage » qui permet déjà aux deux premières grandes

spécialistes, la russe Olga KUZENKOVA et la roumaine Michaila MELINTE de s’illustrer, le

premier record du monde officialisé est celui de MELINTE avec 66,86 m en 1995. La rivalité

entre ces deux athlètes entraîne une progression rapide et KUZENKOVA passe la première

les 70 mètres en 1997. En 1998, elle réalise 73,80 m avant que l’année suivante MELINTE ne

porte cette marque à 76,07 m, record qui va tenir jusqu’en 2006.

Alors que les premiers championnats voient le podium s’établir un peu au-dessus de

65 mètres, un premier peloton d’athlètes va passer la ligne des 70 mètres. Outre

KUSENKOVA, rapidement, plusieurs Russes, Biélorusses, Cubaines (Yipsi MORENO),

Allemandes, la Française Manuela MONTEBRUN et la Polonaise Camilla SKOLIMOWSKA

dépassent cette limite qui sera bientôt nécessaire pour accéder au podium.

Le premier titre majeur est obtenu aux Jeux olympiques de Sydney par SKOLIMOWSKA qui

devient la première championne olympique de la discipline. L’ « ancienne » KUZENKOWA

et la Cubaine MORENO vont alors se partager les titres de 2001 à 2005, la Française

MONTEBRUN empochant deux accessits en bronze en 2002 (Championnats d’Europe à

Munich) et 2003 (Championnats du monde à Paris).

Dès 2005, une nouvelle génération de jeunes lanceuses (russes entre autres) est

apparue, amenant une forte densité à plus de 75 mètres. Le record du monde est battu en 2006

par Tatyana LYSENKO, grande jeune femme de 23 ans et 1,90 m dont les moyens et la

régularité laissent augurer des jets proches et même au-delà des 80 mètres assez rapidement.2. Evolutions en France

En France, le premier lanceur français à marquer la spécialité est le Toulonnais Joseph

WIRTZ. Il domine la discipline avant la guerre et passe les 50 mètres en 1936, et, alors

licencié à Lorient, réalise 51 m en 1939.

L’après-guerre débute par la rivalité entre le Nordiste Pierre LEGRAIN et le Lyonnais

André OSTERBERGER. Le premier réalise 53,30 m en 1954 juste avant l’avènement du

monument que va devenir le Troyen Guy HUSSON. Venu tardivement aux lancers, cet

excellent footballeur et sprinter (11’’2 aux 100 m) va établir dès 1954 le record de France

avec 54 m pour le porter 15 ans plus tard à 69,40 m soit 15 mètres de gain avec pendant cette

période 20 records de France, 15 titres consécutifs de champion de France. Avec un tel

palmarès, HUSSON apparaît comme un incontournable de la discipline. Dans les années 60, il

fait partie, avec COLNARD, ALARD et MACQUET,

des « quatre mousquetaires » des lancers français connus par

tous les français. C’est une autre personnalité du marteau

français qui lui succède, le Nordiste Jacques ACCAMBRAY,

qui après des débuts prometteurs en junior (il bat le record du

monde de la catégorie avec 68,24 m en 1969) suit des études

universitaires aux Etats-Unis. Il amène le record de France à

73,46 m en 1976 et termine 9ème des Jeux olympiques de

Montréal la même année.

Une période de stagnation suit ensuite où, en dehors d’ACCAMBRAY, peu d’athlètes

passent les 70 m, hormis Philippe SURIRAY qui remporte cinq titres de champion de France

(1977-78- 80-81 et 82). La disparition brutale de Michel DECKER, l’espoir de la spécialité,

assassiné en 1981, n’arrange pas les choses. L’homme providentiel arrive alors de ses

Ardennes natales, il s’agit de Walter CIOFANI. Entraîné au Racing Club de France par

William FOURREAU, il porte rapidement, à 22 ans, le record de France à 76,38 m en 1984 et

termine 7ème aux Jeux olympiques de Los Angeles. Il reste d’ailleurs le seul finaliste

olympique français au marteau à ce jour. L’année suivante, il réalise ensuite 78,50 m et

remporte quatre titres de champion de France et est sélectionné pour les grands championnats

jusqu’en 1993. Il termine 6ème des Championnats du Monde de Tokyo en 1991 en compagnie

d’un autre Français, Raphaël PIOLANTI qui termine quant à lui 8ème. PIOLANTI est le

premier d’un groupe de jeunes athlètes qui apporte progressivement, grâce au travail de

l’entraîneur national Guy GUERIN, une densité encore jamais atteinte dans la

discipline. Frédérick KUHN, Christophe EPALLE, David CHAUSSINAND et

Gilles DUPRAY vont alors profiter de l’émulation ambiante pour approcher les

80 m. PIOLANTI réalise 79,68 m en 1992 et EPALLE 79,98 m l’année

suivante. Le premier à franchir cette limite est finalement le Breton Gilles

DUPRAY avec 80,71 m en 1998. Il porte ensuite le record à 82,38 m en 2000.

Dans la foulée, EPALLE et CHAUSSINAND passent cette barrière.

Cependant en grand championnat, les prestations des Français se résument à des

places de « petits finalistes ». Même Nicolas FIGERE, qui passe la ligne lui aussi (80,88 m en

2001 en devenant champion et recordman d’Europe espoirs du même coup) ne fait pas mieux

en 2001, 2002 et 2003.

Actuellement, l’arrêt de cette brillante génération ou son vieillissement s’est accompagné

d’une régression de la discipline où seuls Nicolas FIGERE, souvent blessé, et Christophe

EPALLE ont passé les 75 m depuis 2002.

Chez les femmes, comme pour l’analyse faite sur la plan mondial, l’histoire du

marteau féminin français débute il y a peu. La première véritable spécialiste est Alice

MEYER licenciée au CA Montreuil, qui établit le record de France à 56,48 m en 1991. Les

premiers championnats de France sont organisés en seniors en 1994 et dès lors la spécialité

s’anime. Florence EZEH, relayée par Carole SINOQUET, réalise 58,28 m en 1997, mais c’est

la Clermontoise Cécile LIGNOT qui est la première à franchir les 60 m. Cette adepte du

lancer sur cinq tours amène le record de France à 64,15 m en 1998. Florence EZEH, depuis

lors universitaire aux Etats-Unis, lui reprend celui-ci avec 66,13m en 1999.

Cette même année commence le « règne » de Manuela MONTEBRUN. La jeune athlète de

Laval, qui avait l’année précédente établi la meilleure performance mondiale junior de la

saison réalise 66,52 m. Elle poursuit sa progression et passe la ligne

des 70 m (71,18 m) en 2000, mais rate ses Jeux olympiques à Sydney.

5ème à Edmonton en 2001, puis médaillée de bronze à Munich en 2002

(Florence EZEH termine 4ème) et à Paris en 2003, elle devient la

première lanceuse française médaillée en grand championnat senior

depuis Micheline OSTERMEYER en 1948. Championne de France de

1998 à 2005 (blessée en 2006), Championne d’Europe espoir en 2001,

deux ans après Florence EZEH, elle est actuellement la seule lanceuse

française capable d’accéder à un podium en grand championnat. Mais

le niveau mondial s’élève et avec ses deux « dauphines » Amélie

PERRIN (71,38 m en 2006) et Stéphanie FALZON les Françaises

suivent l’évolution.

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