LE DISQUE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LANCER DE DISQUE

1. Les origines

Le Discobole, célèbre oeuvre du sculpteur grec MYRON, en témoigne, le lancer de

disque prend ses racines dans la lointaine antiquité. Jeu traditionnel, selon certains issu du

lancer de bouclier pour se délester avant le passage d’un cours d’eau, il

apparaît dans les épopées homériques et les récits mythologiques. Le

poids du palet de pierre ou de bronze n’est pas établi, de 2 à 6 kilos selon

les sources, mais une chose est sûre, le « style » utilisé pour le lancer est à

la fois réglementé, étudié et enseigné (La statue de MYRON en fournit

une image). Apparemment le lancer s’effectue depuis une zone délimitée,

sans élan deux pieds au sol, et en obtenant une trajectoire assez verticale,

le disque partant positionné perpendiculairement au sol (le poids de

l’engin justifiant ce choix). Le lancer du disque est alors partie intégrante

du pentathlon, l’épreuve reine des Jeux Olympiques antiques.

Cependant de la fin de l’antiquité à la fin du 18

 

ème

siècle, sa pratique n’est pas évoquée

et n’apparaît à nouveau qu’avec le mouvement philanthrope et dans les gymnases allemands

où existe même une forme de lancer sur cible avec un disque plat. Ce n’est en fait qu’avec la

renaissance des Jeux Olympiques modernes, initiée par Coubertin, et sa forte référence à la

Grèce antique, que le lancer de disque va renaître.

2. Evolution des premiers règlements et techniques

Le poids de l’engin est tout d’abord fixé à 1,912kg, et on lance depuis un carré de 2,50

m de côté, surélevé de 6 cm. La technique préconisée est celle imaginée d’après la position du

discobole de MYRON, c'est-à-dire sans élan, avec une trajectoire effectuée

perpendiculairement au sol. A Athènes, en 1896, le « héros local », Panagiotos

PARASKEVOPOULOS, adepte de cette technique est battu par l’américain Robert GARETT,

certes moins esthétique, mais plus costaud ... (29,15 m).

Par la suite, on voit l’utilisation parallèle de deux styles : antique et libre. C’est ce

dernier, qui s’appuie sur une trajectoire plate et l’aspect planeur de l’engin, qui perdurera, avec

même jusqu’en 1920, des concours par addition des jets effectués main gauche et main droite

(au poids et javelot aussi). Dans le style libre, juste après Athènes, l’élan rotatif (volte) apparaît

avec un départ face au lancer. Le poids de l’engin est fixé à 2 kg (1907) et le carré d’évolution

se transforme en cercle de 2,50 m de diamètre, et la mesure, orthogonale jusqu’alors, devient

radiale (1908).

En 1924, les bases réglementaires du lancer de disque moderne sont enfin stabilisées, et

c’est à ce moment que les compétions s’ouvrent au public féminin, d’abord avec un disque de

1,250 kg, qui est vite ramené à 1 kg.

Sur le plan métrique, on peut donner quelques repères. Martin

SHERIDAN (USA) est parmi les premiers à rechercher plus de

vitesse dans sa technique. Il tente d’accélérer son mouvement en

conservant ses appuis au sol. Son geste, déclenché avec un grand

retard du bras, préfigure le « final » des lanceurs contemporains.

Champion olympique à Saint Louis avec 39,28 m, il est le 1

 

er

à

dépasser 40 mètres (40,72 m en 1902).

La spécialité est alors dominée par les Américains qui se succèdent

pour faire évoluer de manière sensible le record du monde :

- James DUNCAN, 47,58 m en 1923

- Thomas LIEB, 47,61 m en 1924

- Glenn HARTRANFT, 47, 81 m en 1925

- Enfin, Clarence HOUSER, double champion olympique en 1924 et 1928, porte le

record du monde à 48,20 m en 1926. Il améliore, en introduisant un ½ pivot,

l’amplitude de l’élan (départ de profil), mais la trajectoire du disque pendant l’élan

comporte des points hauts et bas fortement marqués. C’est le style dit « en vague ».

3. Evolution du disque mondial masculin jusqu’à nos jours

Globalement depuis le début du 20

 

ème

siècle jusqu’à la fin des années 70, le lancer du

disque mondial, chez les hommes, va rester une affaire américaine, hormis la période italienne

correspondant à la 2

 

ème

guerre mondiale et l’arrivée, pendant les années 60 et 70, des pays de

l’Est.

Vers les 60 mètres

Durant l’Entre-deux-guerres, la ligne des 50 mètres est passée en 1930 par Eric

KRENZ puis par un autre Américain Paul JESSUP, 51,73 m la même année. Le Suédois

Harald ANDERSON, puis l’allemand Willy SCHRODER, font progresser le record (53,10 m

en 1935). Mais à Berlin, en 1936, c’est l’Américain Ken CARPENTER qui emporte le seul

titre non obtenu en lancers par les Allemands.

Durant la Guerre et l’après seconde Guerre mondiale, même si les Américains, Archie

HARRIS en 1941 (53,26 m) et Bob FITCH (54,93 m en 1946) battent le

record du monde, c’est l’école italienne qui tient le devant de la scène.

Avec Giorgio OBERWEGER, Giuseppe TOSI et surtout Adolfo

CONSOLINI, elle règne sans partage sur l’Europe. Titre olympique en

1948 et trois titres européens pour CONSOLINI, et médailles pour les

autres de 1936 à 1954. L’apport technique de cette école est réelle : le

pivot de départ est quasiment complet, le pied gauche étant un peu reculé

pour éviter de glisser sur les plateaux encore en terre

battue…CONSOLINI qui poursuit sa carrière jusqu’en 1958 passe le

premier les 55 mètres (55,33 m en 1948).

Ensuite, l’amélioration des conditions de lancer (plateau en béton) et l’utilisation

rationnelle de la musculation lourde permettent une amélioration assez conséquente des

performances. Sur le plan technique on utilise désormais un pivot de départ complet avec le

dos tourné à la direction du lancer, mais la suspension en milieu de volte est très accentuée et

on cherche pendant celle-ci une prise d’avance en torsion, qui, réalisée dans cette phase là,

apparaît aujourd’hui comme une erreur technique……Les américains Sam INESS, champion

olympique en 1952, Fortune GORDIEN et Rink BABKA relayés par le petit mais sculptural

polonais Edmund PIATKOWSKI amènent la meilleure marque mondiale à 59,91 m. C’est le

russe Vladimir TRUSSENIEV qui passe le premier les 60 mètres (61,64 m

en 1962).

La légende OERTER

En 1956, à Melbourne, c’est un jeune Américain de 20 ans, Al

OERTER qui l’emporte à la surprise générale. Il récidive en 1960 à Rome

(triplé américain) et ne devient recordman du monde qu’en 1964 (62,94

m). Mais avant les Jeux Olympiques de Tokyo, victime d’un accident, il

est blessé aux côtes. Le tchèque Ludwig DANEK devient alors favori,

mais OERTER, passant outre les avis médicaux, gagne encore. Enfin, en

1968, à Mexico, il est dominé toute la saison par les Allemands de l’Est MILDE et LOSCH,

mais surtout par son compatriote Jay SILVESTER. Encore handicapé par une entorse

cervicale (il porte une minerve), il est le seul à rester lucide sous la pluie battante et gagne en

battant son record personnel dans des conditions épouvantables. C’est son 4

 

ème

titre

olympique consécutif. Il stoppe sa carrière jusqu’en 1978 et il échoue de peu aux sélections

américaines en 1980 pour les Jeux de Moscou (auxquels les USA ne participent pas). Il réalise

69,06 m cette année là et stoppe sa 2

 

ème

carrière. Il meurt en 2007 d’une crise cardiaque. Il

reste l’une des icônes olympiques.

Vers les 70 mètres

Dès 1965, le tchèque Ludwig DANEK passe la ligne des 65 mètres (65,22 m).

Meilleur européen de sa génération il succède à OERTER au palmarès olympique à Munich

en 1972, en devançant l’éternel battu SILVESTER, qui devient cependant le recordman du

monde suivant avec 68,40 m. Performance égalée par le Suédois Ricky BRUCH en 1972 et

légèrement battue par l’immense (2,10 m et 145

kg) Sud-africain John VAN REENEN en 1975.

C’est encore l’école américaine qui passe la

fameuse ligne des 70 mètres. John POWELL,

69,08 m aussi en 1975, puis Mac WILKINS, sont

les artisans de cette escalade. WILKINS, athlète

polyvalent dans les quatre lancers, est le premier à

passer le cap avec 70,86 m en 1976. Il devient

champion olympique la même année à Montréal. Mais SYLVESTER, POWELL, ainsi que

l’Allemand de l’Est Wolfgang SCHMIDT, passent aussi cette ligne. C’est ce dernier

(également remarquable lanceur de poids à prés de 21 m) qui bat le record de WILKINS en

1978 avec 71,16 m. Il établit alors sur le plan technique une référence encore présente

aujourd’hui avec une amplitude optimale, un rayon de lancer important et une torsion

maintenue le plus tard possible.

Domination allemande

Les Jeux de Moscou (avec un concours truqué par les juges) exceptés, c’est une

période dominée aussi bien par l’école ouest-allemande que par celle de l’Est qui va succéder

au « règne américain ». Après l’intermède tchèque (victoire d’Imrich BUGAR aux

Championnats du monde d’Helsinki), C’est Rolf DANNENBERG, pour l’Ouest qui gagne en

1984 à Los Angeles. En 1986, l’allemand de l’Est Jürgen SCHULT pulvérise le record du

monde, grâce à un vent très avantageux, avec 74,08 m, record toujours en place à cet instant.

Mais aux Championnats d’Europe de Stuttgart, la même année, on assiste à un triplé

soviétique. Victoire de Romas UBARTAS, futur champion olympique à Barcelone et radié à

vie pour dopage… Mais SCHULT justifie son statut et remporte les Jeux

de 1988 à Séoul. Il gagne aussi le titre mondial en 1987 à Rome et

européen à Split en 1990. L’autre grand discobole, qui marque les années

90 et même le début du 21

 

ème

siècle est Lars RIEDEL. Originaire comme

SCHULT d’Allemagne de l’Est, il devient 5 fois champion du Monde (91,

93, 95, 97, 2001), champion olympique en 1996 et d’Europe en 1998. Seul

en 1999, l’inattendu Américain WASHINGTON le prive d’un un 6

 

ème

titre

mondial et en 2000, à Sydney, c’est un autre grand de la discipline,

Virgilius ALEKNA, le Lithuanien, qui le bat de 80 cm.

Les années 2000, cap à l’Est

Deux écoles viennent s’affronter pour la conquête de la suprématie européenne et

mondiale. Tout d’abord les Hongrois avec Gabor MATE, Zoltan KOVAGO mais surtout

Robert FAZEKAS, champion d’Europe en 2002 et vainqueur olympique à Athènes en 2004,

mais disqualifié pour dopage. L’autre réservoir prend sa source dans les pays baltes. Tout

d’abord Virgilius ALEKNA, qui déjà vainqueur à Sydney, gagne les Championnats du Monde

de Paris en 2003 et ceux d’Helsinki en 2005. Il hérite du titre olympique en 2004 (CF :

FAZEKAS) et gagne les Championnats d’Europe de Göteborg en 2006. Le garde du corps du

président lithuanien marque son territoire, mais un autre balte, estonien celui là lui succède :

Gerd KANTER, qui, déjà médaillé d’argent à Helsinki et Göteborg, gagne les Championnats

du Monde d’Osaka en 2007 et les Jeux de Pékin en 2008. Cependant, ALEKNA, FAZEKAS

et KANTER bien qu’ayant réalisé plus de 73 mètres n’ont pas dépassé la marque record de

Jürgen SCHULT.

4. Evolution du disque mondial féminin jusqu’à nos jours

L’athlétisme féminin n’apparaît officiellement qu’aux Jeux d’Amsterdam en 1928, et

les épreuves comme le disque sont codifiées quelques années en amont. Le poids de l’engin,

d’abord de 1,250 kg, est fixé à 1kg, et les autres règlements calqués sur ceux des hommes.

Alors que, chez les hommes, ce sont les Américains qui marquent de leur empreinte la

spécialité, tout au moins jusqu’en 1980, chez les femmes, le lancer de disque est quasiment

l’affaire des athlètes d’Europe de l’Est.

Les pionnières

Les premiers records homologués sont le fait des Françaises, qui,

fortes de la bonne santé du courant sportif « féministe », établissent les

premières marques. Yvonne TAMBOURET, Lucie PETIT et la

polyvalente Lucienne VELU amènent le record du Monde au-delà des 30

m en 1934. Mais dès 1925, celui-ci progresse rapidement grâce à la

rivalité entre les Polonaises (dont Halina KONOPACKA, championne

olympique en 1928) et les Allemandes. Grete HEUBLEIN est la première

au-delà des 40 m en 1932, et dans le cadre de l’investissement du 3

 

ème

Reich dans l’optique des Jeux de Berlin en 1936, Gisela

MAUERMAYER porte, lors de ces Jeux le record à 48,31 m, record qui tient ensuite 16 ans.

L’hégémonie soviétique

L’après guerre connaît une période creuse (Allemands et Soviétiques ne sont pas aux

Jeux de Londres) qui profite à la Française Micheline OSTERMEYER, qui remporte poids et

disque en 1948. Suivent ensuite 20 ans de domination des lanceuses soviétiques. Nina

ROMASHKOVA (Championne olympique en 1952 et 1960), Nina DUMBADZE, Olga

FIKOTOVA (Championne olympique en 1956) et enfin Tamara PRESS (vainqueur à Tokyo

en 1964) font passer le record à 59,70 m en 1965. Avec l’apparition de la musculation et des

procédés modernes d’entraînement, les performances vont alors subir une forte inflation. Le

record du monde avait progressé de 10 m en 30 ans, mais là, ce sera de 10 m en 10 ans…

Vers les 70m

La première au delà des 60 m est l’Est-allemande Christine

SPIELBERG (61,64 m en 1968) puis sa rivale de l’Ouest Liesel

WESTERMAN réussit 63,96 m en 1969. C’est ensuite l’affrontement

entre l’école russe et sa figure de proue Faina MELNIK et celle de

l’Allemagne de l’Est avec Evelin JAHL-SCHLAAK qui amène les

performances tout près puis au-delà des 70 m. Tout d’abord Faina MELIK, championne

d’Europe en 1971 et 1974 et olympique en 1972, domine la spécialité dans la première partie

de la décennie et elle est la première femme à atteindre les 70 m (70,50 m en 1976). Evelin

SCHLAAK-JAHL lui succède à la fin des années 70. Elle remporte les titres olympiques de

1976 et 1980, de même que le titre européen en 1978. Elle porte le record du monde à 71,50

m en 1980.

Inflation au delà des 70m

La décennie 80 est le théâtre d’une véritable course aux armements, où le bloc de l’Est

règne sans partage. Certes, on optimise, surtout grâce à l’Allemagne de l’Est la préparation

physique et la technique, mais l’ombre du dopage d’état plane. Les 70 m sont banalisés. Pour

la seule Allemagne de l’Est, pratiquement en même temps, on

rencontre Martina OPITZ-HELLMANN, championne

olympique en 1988, du monde en 1983 et 1987, L’éphémère

recordwoman du monde Irina MESZYNSKI, Gisela BEYER,

Diana SACHSE- GANSKI, la junior « prodige » Ilke

WYLUDDA (74,40 m !!!) et la toujours recordwoman du

monde Gabriela REINSCH (76,60 m). Quand on sait que

HELLMANN, en concours non officiel avait réalisé 78,60 m,

on se rend compte que le vent favorable n’explique pas

tout…Les soviétiques, avec Galina SAVINKOVA (qui lançait

au départ avec le disque placé dans le dos), les bulgares avec

Maria PETKOVA (220 kg au développé couché….) et Yodanka CHRISTOVA, championne

du monde 1991), la tchèque Zdenka SILHAVA dépassent toutes 73 m, ce qui donne le niveau

d’accès aux podiums internationaux.

La déflation progressive des 20 dernières années

La mutation des pays d’Europe de l’Est, et l’abandon des politiques fortes de soutien

au sport d’élite amène une baisse régulière du niveau des performances. Les jets au delà des

70 m deviennent rares puis inexistants, à fortiori en grande compétition. Ce sont malgré tout

les ressortissants de l’Europe de l’Est qui gardent le monopole (culture oblige). Les Jeux de

Barcelone en 1992 sont remportés par la cubaine Maritza MARTEN, puis les Championnats

du monde de Stuttgart en 1993 par la russe BUROVA. Le seul titre remporté (en dehors de

MARTEN) par une non européenne l’est par la Néo-zélandaise Béatrice FAUMINA,

championne du Monde en 1997. Les Ukrainiennes Ellina

ZVEREVA, championne olympique en 2000 et du monde en 1995

et 2001, et YATCHENKO, championne du Monde en 2003, vont

avec la Russe Natalya SADOVA, championne olympique en 2004

(mais prise dans les filets des contrôles anti-dopage en 2006)

représenter l’ex-URSS au plus haut niveau. La réplique vient en

fait des anciennes Allemandes de l’Est qui se sont intégrées dans

le dispositif ouest-allemand. Tout d’abord Ilke WYLUDDA, qui

après n’avoir récolté que des accessits, devient championne

olympique en 1996, mais bien loin de ses 74,40 m des années

juniors. Sa compatriote Franka DIETZSCH, quant à elle, devient

championne du monde en 1999, 2005 et 2007, à 40 ans. En 2008,

c’est une Américaine, Stéphanie BROWN-TRAFTON qui

l’emporte avec 64,76 m, alors que le podium se situe à un peu plus de 62 m. Nous sommes

revenus…40 ans en arrière.

5. Le lancer de disque masculin en France

Les pionniers

Dés le début du 20

 

ème

siècle, le

lancer du disque attire quelques

adeptes, surtout chez les militaires. Le

sergent manceau Marius EYNARD, en

1903, devient le premier recordman du

monde français avec le jet de 43,21 m.

Mais l’engin de 1,912 kg est remplacé

juste après par l’actuel disque de 2 kg.

Les compteurs sont remis à zéro, et ce

sont d’abord les meilleurs lanceurs de

poids de l’époque qui établissent les

premières marques : Raoul PAOLI,

puis André TISON, le premier au-delà

des 40 m (41,58m en 1913). Après la

1

 

ère

guerre Daniel PIERRE réalise 42,02 m.

La doublette Jules NOEL Paul WINTER

Il faut attendre la fin des années 20 pour voir apparaître un duo d’athlètes d’exception.

Le nordiste NOEL, maître d’armes accompli, et l’alsacien WINTER sont tous deux militaires

au bataillon de Joinville. Le premier grand et athlétique (1,90 m pour 95 kg), le second plus

bréviligne (1,75 m pour 90 kg). Ils se partagent pendant près de 15 ans les titres nationaux,

Jules NOEL remportant aussi quelques titres au poids. Jules NOEL porte le record national à

48,73 m en 1931 et en 1932, juste avant les Jeux de Los Angeles, Paul WINTER passe la

ligne des 50 m, avec 50,71 m, à un peu plus d’un mètre du record du monde, un record de

France qui tient 26 ans. Aux Jeux, WINTER est médaillé de bronze, mais au dernier essai,

Jules NOEL réussit un jet exceptionnel, supérieur au record du monde. Mais les juges

regardaient ailleurs, et on lui redonne un autre essai, qu’il manque…il reste 4

 

ème

! La médaille

de bronze de Paul WINTER reste jusqu’à aujourd’hui la seule médaille olympique masculine

pour les lancers français. La médaille d’argent qu’il obtient en 1934 aux Championnats

d’Europe reste aussi la seule pour nos lanceurs. Paul Winter continue à lancer après la guerre,

et s’éteint dans son Ribeauvillé natal en 1992, mais Jules NOEL, qui fut le capitaine

emblématique de l’équipe de France et le porte drapeau aux JO de 1932 et 1936, refusant un

poste de « planqué », meurt au front en 1940, dans le Cambrésis, à quelques lieues de son

village natal.

Vers les 60m

Le record de WINTER n’est battu qu’en 1958 par Serge

GRISONI, avec 51,59 m. La décennie suivante voit la domination du

Bordelais Pierre ALARD. Il bat 8 fois le record de France pour le

porter en 1962 à 55,32 m et fait partie avec Guy HUSSON, Pierre

COLNARD et Michel MACQUET des fameux « Mousquetaires » des

lancers français, tels que la presse de l’époque les nommait. Il domine

le disque national jusqu’à la fin des années 60, mais n’est point

sélectionné en grand championnat, car entre temps, le niveau mondial

s’est fortement élevé. Son record est ensuite battu par le Parisien

Raymond BACHE (56,54 m en 1969) puis par le Nordiste Jacques

NYS (57,10 m en 1972) et enfin le Vosgien Michel CHABRIER avec

57,80 m la même année et qui passe la ligne des 60 m en fin de carrière. Mais le premier à

passer ce cap est le docteur Frédéric PIETTE, qui porte le record à 61,76 m en 1977, en

récoltant au passage moult titres nationaux. Cependant le meilleur lanceur licencié et entraîné

en France à cette époque n’est malheureusement pas (encore) Français. En effet Namakoro

NIARE, le père d’Yves, est malien et devient finaliste olympique en 1972 à Munich.

Patrick JOURNOUD, une promesse éphémère

Dès le début des années 1980, apparaît un jeune lanceur talentueux. Formé en Afrique

du Nord par Reinhart JANIK, puis entraîné à Salon de Provence par Jacques PELGAS, il

réalise 56,36 m en junior et remporte la médaille de bronze aux Championnats d’Europe

juniors en 1983. En espoirs, il bat le record de France de Frédéric PIETTE pour le porter à

63,02 m. Mais blessé régulièrement et inconstant sur le plan socio-professionnel, sa carrière

s’achève de manière précoce.

La rivalité PONS RETEL

A la fin des années 80, deux jeunes espoirs sortent du lot :

le Toulousain Jean PONS et le Guadeloupéen Jean Claude RETEL.

Ils passent tous les deux la ligne des 60 m en espoirs et remportent

la plupart des titres nationaux jusqu’au début des années 2000.

Jean PONS réussit un jet à 64,74 m en 1997 et à 34 ans, RETEL,

lors d’une compétition à Salon de Provence, bénéficiant d’un vent

extrêmement avantageux, réalise le jet exceptionnel de 68,90 m, le

même jour que les 65,78 m du record de France féminin de Melina

ROBERT MICHON, à savoir le 17 juillet 2002. Même si le vent

est un allié plus qu’efficace ce jour-là, le talent de Jean Claude

RETEL devait l’amener à plus de 65 m. Il a donc juste saisi

l’opportunité.

La situation actuelle

Depuis la semi retraite de Jean Claude RETEL, seul le Néo-calédonien Bertrand VILI,

le mari de la championne olympique du poids néo-zélandaise, est capable dans des conditions

de vent normales de passer régulièrement la ligne des 60 m. Souhaitons lui de briller, à la

différence de ses prédécesseurs en championnat international, car là malheureusement, les

fantômes de NOEL et WINTER hantent encore les plateaux.

6. Le lancer de disque féminin en France

Les pionnières d’avant-guerre

Comme cela est évoqué dans l’évolution des records du monde, les premières

lanceuses françaises ont possédé, au début des années 20 le record du monde, avant que son

intégration au programme olympique ne sorte la discipline de sa confidentialité. Yvonne

TEMBOURET (27,39 m en 1923) puis la Franco-belge Lucie PETIT, précède Lucienne

VELU, qui est la première à passer les 30 m (30,22 m en 1924). Pour cette athlète

polyvalente, dernière relayeuse du 4 x 100 m qui termina 4

 

ème

aux Jeux olympiques de 1928 à

Amsterdam, le disque est une activité parmi tant d’autres. Egalement recordwoman de France

du poids, et de nombreuses fois championne de France de France dans ces 2 lancers, en

succédant à la célèbre Violette MORRIS, elle est aussi capitaine de l’équipe de France de

Basket qui devient championne du Monde en battant les Etats-Unis…..Elle établit son dernier

record de France à 37,81 m en 1932.

Un après-guerre florissant

L’année 1948 marque le disque féminin, mais aussi l’athlétisme

français. La présence sur un même podium olympique de deux Françaises

est un événement tellement rare… A Londres, c’est Micheline

OSTERMEYER qui remporte le titre en établissant un nouveau record de

France, alors que Jacqueline MAZEAS termine 3

 

ème

. Micheline

OSTERMEYER devient aussi championne olympique au poids et termine

3

 

ème

du saut en hauteur. Avant les Jeux de Londres les 40 m sont dépassés

par Jacqueline MAZEAS, mais aussi par la Champenoise Paulette

VESTE, qui termine 4

 

ème

du poids aux Jeux olympiques. Arrière petite

nièce de Victor Hugo et pianiste virtuose, Micheline OSTERMEYER

réussit encore à obtenir la 3

 

ème

place aux championnats d’Europe de 1950 au poids et sur 80 m

haies. Elle arrête sa carrière l’année suivante, se consacrant exclusivement a sa carrière

musicale. Son dernier record de France culmine à 44,40 m réalisés en 1950.

Vers les 60m

Ce n’est que dix ans plus tard que la Troyenne Pierrette BOUTIN dépasse cette

marque et passe les 45 m avec 45,08 m en 1960. Puis Marthe BRETELLE avance la marque

en 1966 à 48,38 m. C’est la Marseillaise Claudie CUVELIER, également spécialiste du poids,

qui est la première à passer la ligne des 50 m en réalisant 50,82 m en 1969.

Au début des années 70, Nicole PIEROTTI avec 51,66 m, puis la Dijonnaise Catherine

BAZIN avec 52,92 m rajoutent un peu plus de 2 mètres. En 1975, la Nancéenne Noëlle

JARRY le porte à 53,20 m. Lorsqu’en 1982, Isabelle RENAUD-ACCAMBRAY le fait passer

à 56,28 m, le record du monde est 15 m plus loin… C’est alors qu’apparaît une jeune prodige,

Catherine BEAUVAIS, qui, alors qu’elle n’est que junior, réalise 57,50 m au bout d’une

année de pratique. Elle termine 4

 

ème

aux Championnats d’Europe en 1983, mais elle disparaît

des plateaux aussi vite qu’elle y est apparue… Les 60 m sont approchés alors par la

Parisienne Patricia GUILLAUME-KATONA qui réalise 59,04 m en 1984.

Au-delà des 60m

La ligne des 60 m est enfin dépassée en 1992 par Agnès TEPPE

avec 60,14 m. Cette native de l’Ain, entraînée par Jacques PELGAS, à

Salon de Provence, va profiter de sa rivalité avec Isabelle DEVALUEZ,

grenobloise d’origine et entraînée à Boulouris par Michel THIEURMEL,

pour passer cette barre. Elle est avec celle-ci le porte drapeau du disque

national pendant les années 90. Isabelle DEVALUEZ porte le record à

62,02 m en 1996.

C’est à la fin des années 90 qu’apparaît Mélina

ROBERT MICHON, grande jeune fille, originaire de

Bourgoin-Jallieu. En 1998, elle est junior et réalise 59,14 m et devient

vice-championne du Monde junior cette année là à Annecy. En 2001,

elle devient championne d’Europe espoirs, et porte le record de France

en 2002 à 65,78 m. Il faut attendre 2008 et les Jeux olympiques de Pékin

pour la voir enfin entrer dans une grande finale olympique. Cela faisait

40 ans que la chose n’était pas arrivée en lancers chez les Françaises !

 

 

 

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