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A.J. MONTMOREAU ATHLETISME
1. Histoire du triple saut au niveau international
Si, comme pour toutes les activités athlétiques, on trouve des traces de pratiques
s’apparentant au triple-saut dès l’antiquité, la véritable naissance de cette spécialité, liant de
manière indissociable trois bonds, est enregistrée au milieu du XIXè siècle et viendrait d’Irlande.
Inspirés par la pratique des Celtes, Irlandais et Ecossais triple sautent sous une forme que les
Britanniques puis les Américains codifient vers 1890. S’apercevant qu’en faisant les deux premiers
bonds à cloche-pied les risques de déséquilibres sont minimisés et la distance franchie plus
importante, les Irlandais privilégient cette forme (« gauche-gauche-gauche » et ramené ou « droitdroit-
droit » et ramené) ; parallèlement en Amérique le choix technique se porte sur la forme
connue aujourd’hui : un hop (cloche pied), un step (pas) et un jump (saut avec ramené ) soit
« gauche-gauche-droit » et ramené ou « droit-droit-gauche » et ramené. Longtemps ces deux
formules sont pratiquées et confondues. Le premier record du monde indiscutable peut être attribué
à Edwin Bloss : l’athlète de Boston franchit 14,78 m à Chicago le 16 septembre 1893 (sous la
forme hop step and jump).
A Athènes, en 1896 au cours des premiers Jeux Olympiques de l’ère
nouvelle, c’est un autre américain, James Connoly qui s’impose avec 13,71
m mais cette fois- ci en triple sautant sous la forme « hop hop and jump ».
Cependant, dès le début du XXè siècle, les règlements des compétitions
d’athlétisme sont unifiées par l’IAAF naissante et seule la formule « hop
step and jump » est retenue. Dès lors, la suprématie mondiale revient aux
triple sauteurs irlandais avec en point d’orgue le record du monde de
Dan Ahearn (15,52 m en 1911). Retiré du programme universitaire
américain à la fin du XIXè puis des programmes britanniques dans les
années 1920, le triple saut sourit alors aux athlètes du Japon avec en tête
de liste Mikio Oda (champion olympique en 1928), Chuhei Nambu
(recordman du Monde avec 15,72 m) et Naoto Tajima (champion
olympique à Berlin et premier athlète à franchir la ligne des 16 mètres).
Le sauteur brésilien Adhemar Ferreira Da Silva (recordman
du monde avec 16,22 m) assure la transition entre l’école
japonaise et l’école soviétique. Issus de cette école, Léonide Tcherbakov
(recordman du monde avec 16,23 m), Oleg Ryakhovsky (recordman
du monde avec 16,59 m) annoncent l’avènement de Viktor
Saneiev, recordman du monde avec 17,44 m et triple champion
olympique à Mexico, Munich et Montréal , décrochant encore la
médaille d’argent à Moscou en 1980! Entre temps le Polonais Josef
Schmidt, adepte d’une technique
essentiellement basée sur la vitesse
(contrairement à l’école soviétique plus centrée sur la force), est le premier
à franchir la ligne des 17 mètres (17,03 m en 1960).
Des Jeux Olympiques de Mexico l’histoire retient tout
particulièrement l’extraordinaire performance de Bob Beamon vainqueur
du concours du saut en longueur avec 8,90 m, une performance qui
améliore de … 55 cm le précédent record du Monde. Mais au cours de ces
mêmes Jeux de 1968 le triple saut passionne aussi le public : lors des
qualifications l’Italien Guiseppe Gentile améliore une première fois le
record du monde en triple sautant à 17,10 m, le lendemain il récidive en retombant à 17,22 m,
Viktor Saneyev quelques instants plus tard triple saute un centimètre plus loin, suivi par le Brésilien
Nelson Prudencio qui atterrit à 17,27 m ; quelques minutes après Viktor Saneyev augmente encore
la mise et avec 17,39 m est sacré champion olympique : soit cinq records du monde au cours de ces
deux journées !!! Un autre athlète va remettre les couleurs du Brésil à l’honneur : le 15 octobre
1975 à Mexico au cours des Jeux Panaméricains Joao Carlos De Oliveira fait franchir une nouvelle
étape à la spécialité en réalisant 17,89 m. Il quitte malheureusement prématurément les sautoirs :
victime d’un accident de voiture il est amputé. Il faut attendre l’arrivée de la nouvelle génération
américaine pour voir son record du monde menacé : Al Joyner (champion olympique à Los
Angeles), Mike Conley (17,71 m), Willie Banks (recordman du monde avec 17,97 m) puis Kenny
Harrison (champion olympique en 1996), sont les porte drapeaux de cette génération un moment
contestée par le bulgare Khristo Markov (champion du monde à Rome avec 17,92 m).
En 1995, à Villeneuve d’Ascq, le Britannique
Jonathan Edwards stupéfie le monde de l’athlétisme en
retombant à 18,43 m poussé certes par un vent trop
favorable (+ 2.4 ms-1) ; cette performance en annonce bien
d’autres pour ce sauteur détenteur du record du monde avec
18,29 m depuis les championnats du monde de Göteborg
en 1995, champion Olympique à Sydney, champion du
Monde à Göteborg et à Edmonton. Avec Christian Olsson son
successeur aux Jeux Olympiques d’Athènes mais aussi aux championnats du monde de Paris la
spécialité demeure sous domination européenne.
L’acte de naissance de la spécialité pour les athlètes féminines est
réellement officialisé à l’occasion des championnats du monde en
salle en 1991. C’est vraiment à Stuttgart en 1993 avec la victoire de la
Russe Anna Biryukova - record du monde à la clef avec 15,09 m - et
surtout à Göteborg en 1995 avec l’extraordinaire prestation de
l’ukrainienne Inessa Kravets qui pulvérise le record mondial en triple
sautant à 15,50 m, que l’épreuve sort de l’ombre. Tatyana Lebedeva
(Russie) double championne du monde (2001 et 2003) et
recordwoman du monde en salle avec 15,36 m perpétue la réussite
des athlètes des pays de l’Est dans cette spécialité.
2. Histoire du triple saut en France
La spécialité au sein de l’hexagone a connu, elle aussi, de bien belles heures. Dès 1896, au
cours des Jeux Olympiques à Athènes, Alexandre Tuffère porte haut le maillot tricolore en triple
sautant à 12,70 m, offrant à la France sa première médaille olympique! Malheureusement pour la
discipline il faut, patiemment, attendre l’avènement de Bernard Lamitié pour voir le triple saut
français réapparaître sur des podiums internationaux. Recordman de France à cinq reprises, cinq
fois champion de France en plein air, il est médaillé à trois reprises
aux championnats d’Europe en salle ouvrant la voie à la génération
suivante.
Serge Hélan, champion d’Europe en salle en 1987 à Liévin, est
le premier français à franchir la ligne des 17 mètres et reste l’actuel
recordman de France avec 17,55 m, Pierre Camara est
champion du monde en salle en 1993 à Toronto.
Chez les dames Betty Lise est au contact des meilleures triple sauteuses du monde en 1997 à
Athènes ; en atterrissant à 14,50 m, elle s’empare d’un record de France qui demeure sa propriété
jusqu’en 2007. Térésa Nzola Meso Ba lui succède sur les tablettes en triple sautant à 14,69 m à
Munich en juin 2007 s’offrant au passage une victoire en Coupe d’Europe
; ce même hiver 2007 à Birmingham elle décroche la médaille de bronze des
championnats d’Europe en salle avec à la clef le record de France indoor de la
spécialité (14,49 m).
Il reste enfin à signaler les exploits de jeunes triples sauteurs
français. En 1995, Ronald Servius décroche le titre de champion d’Europe
junior en Hongrie, puis en 2005 Stevens Marie Sainte s’offre également
le titre européen à Kaunas et enfin en 2006 Benjamin Compaoré devient
champion Monde junior du triple saut à Pékin !
Bonds, triple bonds et rebondissements….
Le triple saut
Triple sauter, c’est franchir la plus grande distance possible à partir d’un endroit déterminé, la
planche d’appel, cible large de vingt centimètres, en enchaînant trois bonds, le premier étant
un cloche-pied.
Le jeu du triple sauteur consistera à emmagasiner dans un premier temps grâce à la course
d’élan, la plus grande vitesse utilisable possible puis au fil des bonds à s’organiser pour trouver
des compromis permettant de franchir la plus importante distance possible tout en limitant les
pertes de vitesses.
Des choix liés aux qualités physiques et psychologiques de l’athlète mais aussi liés au moment
de sa carrière sont possibles. La répartition optimale des trois bonds n’est pas fixée. Toutefois
ces choix doivent être rationnels, faute de quoi la performance escomptée ne sera pas au
rendez-vous.
Le triple saut doit être considéré comme un tout et non comme l’addition d’un cloche-pied puis
d’une foulée bondissante et enfin d’un saut en longueur ; cette vision « additionnelle » conduira
le plus souvent dans une impasse (chercher à arriver le plus loin possible à la reprise du
deuxième bond sans se préoccuper des pertes de vitesse !). Le triple saut gagnera à être vu
comme un saut avec deux appuis intermédiaires.
Les notions de bonds et de rebonds font bien sûr partie du quotidien du triple sauteur ;
toutefois il paraît judicieux de leur substituer le plus souvent la notion de ricocher, l’important
étant bien de déformer une trajectoire pour se propulser vers l’avant (et non vers le haut).
L’aspect descriptif du triple saut
Le triple saut commencera par le premier appui de la course d’élan pour s’achever par le
ramené, chaque élément du système étant interdépendant des autres.
La course d’élan
C’est elle qui offre au triple sauteur la possibilité d’acquérir la vitesse
optimale permettant de sauter loin.
Cette course d’élan doit être précise (un saut mordu est un saut nul même
si potentiellement il est de qualité), elle doit permettre à l’athlète
d’arriver sur la planche d’appel en accélération et en étant disponible.
Un départ arrêté (comme sur l’image de droite) limite les risques
d’incertitude, toutefois certains athlètes préfèrent utiliser un pré-élan.
Cette variante reste un choix qui peut évoluer au cours de la carrière du sauteur.
La première partie de la course d’élan (six à huit foulées) va
permettre au sauteur de vaincre l’inertie et de créer une
grande vitesse ; les appuis sur le sol sont consistants, le grand
axe du corps est oblique, le sauteur est dans cette phase « un
sprinter » ; il va installer son amplitude. Progressivement, il va se redresser pour « devenir
sauteur ». Dans cette deuxième partie de la course d’élan (six à huit foulées) sans décélérer, il
va se placer pour « dominer la piste ». Il est « haut sur ses appuis ».
Dans la troisième phase (quatre à six foulées), le triple sauteur va « rythmer ». Pour ce faire, il
va conserver son amplitude et ses pressions sur le sol tout en utilisant sa réserve de
fréquence. Afin d’éviter de décoller de manière inconsidérée dans le cloche-pied, le triple
sauteur limitera toute descente sur l’avant-dernier appui de sa course d’élan.
Le cloche-pied
L’entrée dans le cloche-pied devra ressembler au prolongement de la course
d’élan ; le sauteur aura l’intention d’aller loin en restant relativement rasant
(à ce moment l’angle d’envol du centre de gravité de Jonathan
Edwards avoisine les 12 degrés). Au cours de la suspension la
jambe d’appel va revenir en talon fesse tandis que la jambe
libre va se relâcher. Notons que ce relâchement n’est pas
synonyme de « mollesse », en effet le sauteur va profiter de
ce temps de suspension pour préparer la suite du geste (c’est
donc un temps pré actif) .Le genou du pied de cloche-pied va
revenir vers l’avant placé horizontalement par rapport au sol.
La pose de pied se fera légèrement en avant de la projection de centre de
gravité (de 15 à 30 cm) dans un mouvement antéropostérieur. Tout au long de ce
déplacement le tronc restera droit (perpendiculairement au sol) ; ce placement est une
constante du triple saut !
L’observation des images ci-dessus justifie pour l’entraîneur l’utilisation de la formule « poserpasser-
pousser ». Fonctionnellement, l’athlète se prépare à reprendre contact avec le sol,
résiste à la déformation pour se retrouver projeté vers l’avant (déformation de trajectoire).
L’action des bras peut être soit simultanée, soit dissociée. C’est là encore une variante qui
pourra évoluer au cours de la carrière de l’athlète.
La foulée bondissante
Projeté vers l’avant (avec un angle de décollage
sensiblement égal à celui du cloche-pied), le
triple sauteur va chercher à s’équilibrer ; le
tronc doit rester droit, le genou est pointé vers
l’avant ; comme dans le cloche-pied, la suspension
pendant la foulée bondissante est un temps pré
actif. Le triple sauteur va attendre le moment
opportun pour reprendre le sol devant lui. La pose de pied se fera légèrement en avant de la
projection de centre de gravité dans un mouvement antéro-postérieur. Pour pouvoir effectuer
le dernier saut efficacement, il va résister à la pression. Il convient dans ce moment de ne pas
anticiper le ramené et de rester au contact du sol jusqu’au renvoi total.
Le dernier bond
Le triple sauteur va s’organiser pour utiliser toute la vitesse encore à sa
disposition pour effectuer un dernier saut semblable dans sa suspension
à un ramené en longueur. L’angle de décollage avoisinera les 18°. L’utilisation
d’une extension ou d’un ciseau simple sont autant de variantes possibles.
Il est toutefois essentiel de rester concentré sur l’atterrissage, un
manque d’attention pouvant faire perdre jusqu’à dix à vingt centimètres.
Rappelons que le triple saut est une épreuve de vitesse ; si les vidéos au ralenti permettent de
percevoir chacun des éléments décrits ci-dessus, en revanche, à vitesse réelle l’oeil humain,
même entraîné, aura plus de difficulté…la durée des sauts pour l’élite mondiale (sauts à plus de
dix sept mètres) avoisine les deux secondes !
Un mot enfin pour parler de répartition des bonds. Pour les sauts privilégiant la vitesse, le
ratio 35%-28% et 37% pourrait être privilégié (sur son saut record Jonathan Edwards
effectue un dernier bond supérieur à sept mètres). Pour les sauts privilégiant la force, le ratio
37%-28% et 35% semble proche de l’efficacité.