LE JAVELOT

   

LANCER DE JAVELOT

1. Evolutions au niveau international

Même si on retrouve trace de lancers qui s’apparentent au lancer du javelot dès l’antiquité,

nous commencerons l’étude avec l’ère moderne. Des compétitions apparaissent et se multiplient à la

fin du XIXème siècle, surtout en Scandinavie et en Finlande. Pourtant, il ne fait son entrée dans le

programme Olympique qu’en 1908 à LONDRES (si on excepte les jeux de 1906 à Athènes destinés

à célébrer le 10

ème

anniversaire de la rénovation des Jeux) sous deux formes : style classique et style

libre, titre décerné par addition des performances réalisées avec chaque bras.

L'IAAF ouvre le registre des records le 29 Septembre

1912 avec les 62,32 m d’Erik LEMMING. L’histoire de la 1

ère

moitié du 20

ème

siècle se résume ensuite à une confrontation

nordique SUEDE / FINLANDE, même si le 1

er

homme à franchir

les 60 mètres est le Hongrois Mor KOCZAN (60,64 m) en 1911.

Sans contestation, Erik LEMMING est le premier grand lanceur

de l'ère moderne. Jonni MYYRÄ lui succède et atteint 66,10m. Il

sera deux fois champion olympique en 1920 à ANVERS et en

1924 à COLOMBES.

Le champion olympique à Amsterdam en 1928 est ensuite

le Suédois, Erik LUNDKVIST qui est le premier à lancer 70 mètres le 15/8/1928. Il lance ensuite à

71,01m. En 1930, avec 71,57m, Matti JÄRVINEN ramène le record en Finlande. C’est le début

d’une prodigieuse carrière. Il l’améliore encore 9 fois le portant à 77,23 m en

1936. Il est ensuite champion Olympique en 1932 à Los Angeles (triplé

Finlandais avec Martti SIPPALA et Eino PENTTILÄ), champion d'Europe

en 1934 à Turin et en 1938 à Paris. Son titre Olympique sera immortalisé

lors de la construction de la tour du stade d'Helsinki en 1952. Elle culmine

toujours à 72,71m, la performance qui lui octroya le titre. Blessé en 1936,

Matti, termine seulement 4

ème

, battu par Gerhard STOECK (71,84m). En

1938, Matti JÄRVINEN perd le record du monde au profit de son cadet Yrjo

NIKKANEN qui le porte à 78,70 m, record qui ne sera battu qu’en 1953. Ce

jet s’il avait été mesuré suivant la règle actuelle aurait largement dépassé les

80 mètres.

Le premier titre Olympique féminin est décerné en 1932 à l’Américaine Mildred

DIDRICKSON avec 43,68m. L’Allemande Tilly FLEISCHER, 3ème en 1932 remporte quant à

elle la médaille d'or (45,18m) en 1936.

La guerre interrompt ensuite les compétitions internationales, Jeux olympiques et

championnats d’Europe. La reprise est timide en terme de performances. Tapio RANTAVAARA

est un éphémère et modeste (69,77m) champion olympique en 1948 à LONDRES. Il fait par la suite

une belle carrière d'acteur de cinéma.

Chez les dames, on note également peu d'évolution. L’Autrichienne Hermine BAUMA

l’emporte avec 45,57 m. La déception finlandaise est immense aux jeux olympiques d’HELSINKI

en 1952 malgré la 3

ème

place de Toivo HYYTIÄINEN avec 71,89m derrière le doublé des

Américains Cyrius YOUNG (73,78m ) et William MILLER (72,46m). Le stade est le théâtre d’un

grand moment symbolique avec la double victoire simultanée du couple tchèque : Emile ZATOPEK

remporte le 5000m et sa femme Dana le javelot (50,47m).

En Europe, on continue à lancer le javelot classique. En 1953, le polonais Janusz SIDLO est

le premier Européen à passer les 80 mètres (80,15m), mais il a été devancé. En effet, l’Américain

Franklin Bud HELD révolutionne la spécialité le 8/8/1953 et devient le 1

er

homme à 80 m avec un

engin spécialement construit par lui. Peu de lanceurs ont

accès au nouvel engin du californien. Profitant des

faiblesses des règlements, les frères HELD améliorent

leurs javelots et en font une industrie. Bud réussit

81,75m en 1955 mais les européens, maintenant dotés

des nouveaux engins, répliquent par Soïni NIKKINEN

(83,65 m) puis Janusz SIDLO (83,66 m).

L'IAAF affine ensuite le règlement, mettant fin, croit-elle aux dérives. C'est sans compter

sur les espagnols qui ne s’attaquent pas à la construction de l'engin mais au classicisme de

l'épreuve. Le basque, spécialiste des sports traditionnels, Félix ERAUSQUIN transpose la technique

du lancer de barre et se met à lancer en rotation. En 1956, son compatriote Miguel SALCEDO, au

cours d'un match préolympique à PARIS réussit 83,43 m. Les téléscripteurs propagent la nouvelle à

toute la planète. Il ne reste que peu de temps avant les J.O de MELBOURNE. L'IAAF modifie en

urgence son règlement : la technique est interdite. Le favori SIDLO respire mais le Norvégien Egil

DANIELSEN réalise le doublé empochant le titre et le record du monde avec 85,71m.

En 1960, à Rome, le russe CYBULENKO est champion olympique, ainsi que la future

Madame LUSIS sa compatriote Elvire OZOLINA. En 1964, à Tokyo, le titre olympique revient en

FINLANDE grâce à Pauli NEVALA mais l'année est marquée par le Norvégien Torje PEDERSEN

qui devient le premier lanceur à 90m (91,72m). Un autre lanceur d’exception apparaît dans l'équipe

d'URSS au même moment : il est Letton formé par Valentin MAZZALITIS. Il s’agit de Janis

LUSIS. Dès 1962 à BELGRADE, à l'âge de 23 ans, il est champion d'Europe, titre qu'il garde à

BUDAPEST en 1966. Il est plusieurs fois recordman du monde à la suite de PEDERSEN. Jorma

KINNUNEN bat ensuite ce record en 1969 avec 92,70 m. Janis LUSIS lui reprend la marque en

1972 avec 93,80 m. Lors d'un colloque à VITTEL en 2003 Janis annonce

même une performance d'entrainement étonnante : 110 m au javelot

féminin de 600 grammes avec 6 foulées d'élan. En 1972, Klaus

WOLFERMANN devient chez lui à MUNICH champion olympique avec

90,48 m devant Janis LUSIS, battu de 2cm ! L'année suivante c’est le

record du monde qu’il décroche : 94,08m. En 1976, Micklos NEMETH

réédite l'exploit de DANIELSEN lors du premier jet de la finale

olympique. Miklos écrase le concours (94,58m) en établissant un nouveau

record du monde, 28 ans après le sacre de son père à LONDRES au

marteau. Il poursuit sa carrière puis devient un constructeur reconnu de

javelots en Hongrie.

En 1980, à Pâques, un groupe d'athlètes et d'entraineurs français est en stage à TATA en

Hongrie où une compétition est organisée : NEMETH est présent mais c'est son jeune compatriote

Ferenc PARAGI qui est en forme. L’heure de la passation de pouvoir arrive. Le javelot de PARAGI

monte haut, traverse le terrain et vient se ficher dans le coin des 6 mètres du terrain de football à

l'opposé : 96,72m, record du monde pour l'élève de Gergely KULSAR …et belle leçon pour les

français ! PARAGI échoue malheureusement aux J.O de MOSCOU et c’est un autre letton qui

succède à Janis LUSIS : Danis KULA gagne avec 91,20 m devant Alexander MAKAROV

(89,64m) le père de Serguei qui s'imposera 23 ans plus tard à PARIS en 2003.

Chez les femmes, à Munich, le titre revient à Ruth FUCHS qui sera LA lanceuse de la

décennie avant de devenir député en RDA. En 1976, elle double la mise. En 1980, Maria COLON

ouvre la lignée des lanceuses Cubaines.

En 1982, Huwe HOWN est espoir 1ère année quand il est sacré champion d'Europe à

ATHENES avec 91,34m. En 1984, Tom PETRANOFF frôle les 100 mètres (99,78m) avec le

nouveau javelot mis au point par la marque HELD, repoussant de nouveau à l'extrême les

règlements. Un engin HELD (custom III) fait monter la moyenne des performances. Le 20/07/1984

c'est l'exploit : Huwe HOHN plante son javelot à 104,80m ! Si la

performance reste dans la limite des zones d'herbe des terrains

internationaux de football (110m) certains jets inférieurs eux ne se

plantent pas; le javelot fuse alors dans l'herbe et termine sa course dans les

aires de concours hauteur ou de perche.

L’IAAF se doit de réagir. La nouvelle norme est fixée ; sa date

d'application également : 1986. Le Finlandais Tapio KORJUS est le

premier champion olympique au javelot nouvelles normes en 1988. Il bat

au 6ème essai un jeune lanceur de 22 ans : le Tchécoslovaque Jan

ZELEZNY et son compatriote Seppo RATY. C’en est fini des trajectoires

rallongées. Les constructeurs sont pris de cours. 30 ans d’études balistiques et aérodynamiques sont

anéantis. Les nouveaux javelots mettent quelque temps à s'affiner et le record évoluera souvent.

85,74m pour Klaus TAFELMAIER en 1986, 87,66m pour Jan ZELEZNY en 1987, 89,10 m pour

Patrick BODEN et 91,48m pour Steve BACKLEY en 1992, puis Jan ZELEZNY enchaîne une série

entre 1993 et 1996 pour arriver sur l’actuel record du monde : 98,48 m. Pour ce lanceur, Séoul en

1988 est le berceau d’une très grande carrière : 3 titres Olympiques (1992 BARCELONE, 1996

ATLANTA, 2000 SYDNEY) et un fabuleux record du monde (98,48 m) le 25/05/1996 à Iéna,

toujours sur les tablettes en 2008. Paris, en 2003 voit Sergeï MAKAROV sur la première marche.

Les J.O d'ATHENES confirment le talent du recordman du monde junior, Andreas

THORKILDSEN, 24 ans. Il confirme avec le titre européen en 2006 à GOTEBORG tout en

bataillant la saison durant avec la nouvelle idole Finlandaise Terö PITKAMAKI qui devient quant à

lui champion du monde en 2007 à OSAKA avec 90,33 m.

Du côté des femmes, la décennie 1980/1990 voit naître une nouvelle génération de

lanceuses. Tina LILLAK comble le public Finlandais des premiers Championnats du Monde en

1983 par sa victoire et son record du Monde (74,76 m). S’ouvre ensuite une ère Anglaise avec le

titre Olympique de Tessa SANDERSON en 1984 et la belle histoire d'une enfant adoptée, Fatima

WHITBREAD, qui établit un nouveau record du Monde en 1986 avec 77,84

m. Elle remporte également le titre Mondial à ROME en 1987. C’est enfin

Petra FELKE qui, comme son compatriote Huwe HOHN, marque les esprits en

réalisant 80,00 m en 1988. De 1988 à 1999 le record du Monde Féminin reste

figé et inaccessible. Le changement de normes ouvre de nouveaux bilans.

Albanaise devenue Grecque par mariage Mirela TZELILI, avec 67,51 m, en

débute l’histoire (1994). Cette performance est améliorée deux fois par la

Norvégienne Trine HATTESTAD : 68,22 m et 69,48 m (en 2000). La Cubaine

Osleidys MENENDEZ, Championne du Monde Junior 1998 à ANNECY lance

à 71,54 m en 2001. En 2005, lors de la finale des championnats du Monde à

Helsinki, Osleidys MENENDEZ réussit 71,70 m.

2. Evolutions en France

En France, le javelot apparaît après le poids et le disque. En 1897,

quelques concours sont organisés, sans uniformité. PILLON du SC

Enghien lance un engin de 1,80 m et 400 grammes à 46,00 m le

20/06/1897. Une autre performance à 35,72 m le 25/07/1897 est archivée.

En 1906, un jet de SAGOT est mesuré à 42,35 m. En 1908, on note dans

les annales un jet de PAOLI (34,70 m), en 1910 de ROD (41,15 m) et en

1912 de FAILLOT (44,89 m) mais, ni le style, ni l'engin ne permettent de

les valider avant la mise en place de l'IAAF (1912) et de ses règlements.

Le premier recordman de France est Henri LE MASSON avec 46,90m le

22/06/13 en style libre. Lui succèdent Pierre GRANY à partir de 1920 (47,68m) et Arthur PICARD

ensuite qui furent recordmen et aussi les deux premiers sélectionnés Olympiques (1920 à Anvers –

participations aux qualifications). En 1927, Emmanuel DEGLAND est le premier lanceur à 60

mètres (60,52 m). Après la guerre Pierre TISSOT participe aux J.O de LONDRES et porte le record

à 64,33 m. D'autres noms émergent : Fernand TOUBHANS champion de France en 1914, Ousmani

TALENDO recordman de France en 1923 (55,26 m) Taki N'DIO recordman de France avec 58,89

m en 1924, Pierre SPRECHER, champion de France en 1946 et 1952, également décathlonien puis

Entraîneur National du javelot de 1972 à 1976, les frères SYROVATSKI- Léon 76,68m en 1963, 2

sélections aux JO et Aleg trop tôt disparu, élèves d'Alfred RICHARD comme par la suite Michel

BUTET, Jean-Claude GAPAILLARD, Christian MONNERET, entrainé par son frère René-Jean lui

aussi Entraineur National et auteur d'abondantes études sur la technique du javelot.

Entrainé par Jacques DUDAL, Michel MACQUET succède à Raymond

TISSOT en 1954 avec 64,60 m. Il est le premier lanceur à 70 mètres (71,47 m en

1955) et porte le record du javelot en bois (celui de Järvinen) à 79,01 m en 1956

très près des 80 m de Janusz SIDLO meilleure performance avec cet engin (80,15

m). Avec l'engin métallique il réalise 83,36 m en 1961, une des meilleures

performances mondiale de l'année.

C'est au cours d'un match de fin de saison qu'il réalise un exploit hélas

non mesuré : le voyage en avion fut mouvementé, la caravelle ne put survoler

l'Albanie et dut traverser un fort orage, elle subit un énorme trou d'air, chuta

longtemps, se rétablit difficilement. Les passagers subirent un fort stress et le

lendemain Michel MACQUET, dans le stade qui vit la célébration des J.O

rénovés de 1896, réussit un jet fantastique, dû sans doute à des dispositions

nerveuses particulières. Le javelot dépasse l'aire prévue et vient percuter les

gradins. La mesure officieuse au pied de la tribune était de 83,46 m. Michel avait

sans doute passé les 90 m et aurait battu le record du monde.

Capitaine de l'équipe de France avec 56 sélections A et 14 records de France seniors, Michel

MACQUET est sans conteste le plus grand lanceur de l’histoire du javelot

français. Son record tiendra 18 ans jusqu'aux 83,46 m de Penisio LUTUI.

Jean Paul LAKAFIA puis Charlus BERTIMON lui succèderont, Charlus

clôturant l’ère du javelot planeur avec 88,52 m. Fin 1985, un peu plus de

500 lanceurs dans le monde avaient franchi la ligne des 80 m dont 11

français. Dans l'ordre chronologique : Michel MACQUET (1961) Petelo

WAKALINA (1966) Manuel IBANEZ (1971) Michel POUGHEON

(1972) Lolesio TUITA (1973) Serge LEROY (1974) Pénisio LUTUI

(1979) Peta TAHAVILI (1982) Philippe LECURIEUX , Jean-Paul

LAKAFIA et Charles BERTIMON (1985).

1986 constitue une remise à zéro. Les 4 cm retirés à la distance entre le

centre de gravité et la pointe du javelot de 800g impliquent l'effacement de tous

les records. Charlus BERTIMON ouvre les bilans avec 80,76 m en 1986, record

égalé par Stéphane LAPORTE en 1988 (et toujours record de France espoir)

puis porté par Pascal LEFEVRE à 80,84 m et 81,48 m (1988), 82,10m et

82,56m le 28/08/1989 à Duisbourg, record toujours en vigueur en 2008 malgré

les assauts de Gaëtan SIAKINUU-SCHMIDT (82,39m en 2002). David

BRISSEAULT (82,20 m en 2004, sélectionné aux Jeux D'ATHENES), Laurent

DORIQUE (80,88 m en 2001), Vitolio TIPOTIO (80,34 m en 2002), Alain

STORACI (80,00 m en 1993) et Dominique PAUSE (79,66 m en 2002)

prolongent cette longue liste. Joachim KITEAU formé et entrainé par Didier

POPPE, Champion du Monde Cadet en 1999 (79,65 m au 700g) puis 78,97 m

en junior en 2001 et 79,05 m en 2002 ne confirme pas en senior ses grandes dispositions.

Chez les femmes, la période d'avant guerre 1939/1945 est marquée par les longs règnes de

Yolande BEHR (record personnel de 34 m), 7 titres de championne de France

(32/33/34/35/36/37/38) et Simone WARNIER, 7 records de France. Après la guerre, une très

longue domination est établie par Evelyne PINARD (record personnel 42, 38 m), 11 titres

(1947/48/49/50/51/52/53/54/55/56/57), 3 records de France, 11ème aux Championnats d'Europe en

1950. Suzanne CATHIARD lui succède : 4 titres (1958/59/60/61) et 4 records de France (46,33 m).

Michèle DEMYS est la lanceuse de l'année 1964, battant 3 fois le record de France et devenant la

première femme à 50 mètres (52,88 m). Elle termine la saison par une 10ème place en finale des

Jeux de TOKYO. Douze ans plus tard une frêle junior Paimpolaise, Annie BOCLE, bat ce record de

France (52,92m en 1976). Il faut 5 ans et l'arrivée de Catherine DUPONT pour que les 55 m

(55,08m en 1981) soient atteints.

Si Michel MACQUET est recordman des records de France

seniors (14), Nadine SCHOELLKOPF est son homologue féminin

(12) : 7 sous son nom de jeune fille et 5 sous son nom d'épouse,

AUZEIL, dont les 2 derniers avec l’engin nouvelles normes en 1999.

Sa carrière s’étend sur 25 ans avec un premier record senior en mars

1983 (55,58 m), amélioré 6 fois, et porté à 62,46 m le 1/10/1983 à

Nicosie. En 1988, elle porte son record à 63,30 m. Lors des

Championnats de France à ANNECY, une jeune Réunionnaise, Martine

BEGUE lance à 64,46m. C’est le dernier record avec le javelot de 600

g, centre de gravité à 95 cm. Les deux décennies 1980 et 1990 voient

aussi de grands talents tels que Bina RAMESH (61,66 m à 18 ans) Nathalie TEPPE (61,30 m en

Cadette) Evelyle LEGER-GIARDINO (59,68 m en 1987) Rose-

May POILAGI (58,28 m), Stéphanie HAUTAVOINE (57,44 m) ou

encore Monika FIAFALOTO-DAVID (57,10 m). En 1999 l'IAAF

fixe la norme à 92cm pour le centre de gravité. Comme pour les

hommes en 1986, les records sont effacés. Nadine AUZEIL établit

la première référence 1999 avec 61,08 m puis 62,16 m en 2000.

Formée par le même entraîneur Jean RITZENTHALER, Sarah

WALTER dépasse son ainée en 2002 (62,48 m) puis le 26/06/03 à

STRASBOURG elle lance à 62,53 m, record de France actuel en

2008.

3. Evolutions de l’engin et du règlement

Les engins

Les caractéristiques des premiers javelots concernant le poids sont aléatoires, les mesures en

pieds ou pouces sont, elles, mieux cernées. Lors du premier record sur les tablettes (le Finlandais

KARHU le 07/09/1884), le poids du javelot est de 854 grammes. En 1912, le règlement devient

universel : hampe en bois avec pointe en métal, longueur totale de 2,60 m, diamètre maximal de 2,5

cm, centre de gravité entre 90 et 110 cm. C’est Erik LEMMING qui ouvre les tablettes de l'IAAF

(62,32 m le 29/09/1912). Les Dames lancent également le 800 grammes jusqu'en 1927. Les

constructeurs nordiques règnent sur le marché, les bois d'hickory ou le frêne, comme pour les arcs,

sont les plus utilisés. Le 600 grammes est créé sur le modèle du 800 grammes. Dans les années 50,

le Californien Franklin Bud HELD, 9ème aux JO d'HELSINKI en 1952 (68,42 m), étudie

minutieusement le règlement, alors des plus sommaires, qui ne s'est guère affiné depuis 1912. Il est

étudiant en théologie et son frère est industriel à Pasadena. HELD effectue des recherches en

balistique, portance, matériau; son frère lui construit les prototypes. Premier constat :

l'augmentation du diamètre améliore la portance. Deuxième constat : fixer le centre de gravité à la

limite maximale (110 cm) allonge la phase de descente et évite le piqué quasi vertical dans le sol

des javelots Nordiques. Les tests en vol apportent aussi la preuve qu'une incidence négative

d'environ 5° allonge la phase de portance.

Le 08/08/1953 HELD passe les 80 mètres (80,41 m) avec un engin en bois, au diamètre

enflé. La pointe a été raccourcie, la hampe fendue en long, évidée pour enlever des fibres et

recollée. Le javelot est fragile. Les recherches d'un matériau plus robuste conduisent les deux frères

vers l'aviation. C'est l'âge d'or de ce secteur en Californie. Le milliardaire Howard HUGHES y bat

record sur record. Les HELD découvrent le Duralumin, alliage d'aluminium utilisé pour les ailes

d'avion. La réplique du modèle en bois est construite : gros diamètre (36mm), pointe courte. C’est

un cigare volant capricieux mais capable de très longues phases planées. En 1958, l’IAAF met fin à

cette dérive. La marque HELD renoue avec le succès avec son « CUSTOM MARK III » quand

Tom PETRANOF (USA /1983/99,72m) puis Uwe HOHN (104,80m) amènent l'IAAF à réformer la

discipline. L'histoire se termine le 31/12/1985. Au 01/01/1986, le centre de gravité est ramené de

110 à 106 cm, la répartition des diamètres minimal et maximal par fraction de la hampe est aussi

modifiée. La distance perdue est supérieure à 10%, la trajectoire change, l'effet du vent également.

Finis les jets techniques dans le vent de face. C’est maintenant avec le vent de dos que les records

seront battus. Néanmoins l'imagination des firmes est sans limites. Miklos NEMETH devenu

constructeur ajoute une technique d'aviation, une peinture granuleuse sur la queue de son javelot en

alu ce qui améliore la trainée et la performance. Sandvik l’imite avec une spirale en relief. Une

nouvelle fois le règlement doit évoluer : le javelot sera lisse et les performances annulées. En

parallèle les matériaux évoluent. La fibre de carbone fait son apparition dans l'industrie. La société

Française LERC lance une étude mais le règlement stipule : bois ou métal. Le carbone est refusé.

Quelques années plus tard, quelques mots changés permettent son usage. Plus rigide, il diminue les

amplitudes de déformation de la hampe. Le règlement s'affinera encore : coefficient d'ovalisation,

aspect convexe de la hampe, angle extrême de la pointe, terminaison de la queue.

Pour les femmes, les choses sont légèrement différentes. Jusqu'en 1927, elles lancent le 800

grammes comme les hommes. Le javelot est alors universalisé à 600 grammes et 2,20 m de long.

Ce sont les deux seuls engins en compétition. Le 600 g devient aussi l'engin des jeunes catégories

hommes. L'évolution technologique est similaire entre les deux engins, mais le 600 g ne subit pas la

réforme de 1986. Il reste très planeur. La réforme interviendra plus tard en 1999. L'IAAF ramène la

distance Centre de Gravité – pointe de 95 à 92cm. Avec la création des Championnats du Monde

Cadets en 1999, un javelot cadet masculin est uniformisé : C’est un engin intermédiaire de 700

grammes, Centre de Gravité à 100cm, longueur de 2,40 m. Cet engin annule les records Nationaux

et Régionaux précédents.

A noter que dans un certain nombre de pays, les jeunes passaient directement du 600 au 800 g,

souvent à 18 ans. Au cours des trente dernières années les codifications de javelots par catégories

d'âge se sont multipliées, allant de benjamin et benjamine (12 ans) aux vétérans, ceux-ci retrouvant

les engins des jeunes à partir de 50 ans, avec un allégement progressif par tranche d'âge. Le lancer

de balle pour les moins de12 ans est également répandu (balle spéciale de 200 grammes ou balle de

hockey).

Le règlement

La piste d’élan est un des éléments qui évolue avec le temps. En 1896, c’est un carré de 2,50

m (Suède), en 1897 on accepte 10 mètres d’élan. Aux Jeux de Londres en 1908, l’élan est libre,

ensuite la piste est limitée de 30 à 36 m de long et 4 m de large. C’est toujours la norme. Le sol est

en herbe ou en cendrée. Les tracés sont faits à la chaux. En 1965, des pistes en matériaux

synthétiques apparaissent. Les tracés du couloir d'élan se font à la peinture, mais l'arc de cercle

délimitant la fin de la zone d'élan reste en métal, provoquant des blessures chez les lanceurs. Il est

par la suite remplacé par un simple tracé de 7 cm de large. Jusqu’en 1952, la mesure des jets est

identique à celle du saut en longueur. Les juges recherchent la distance entre le point d'impact de la

tête du javelot et la perpendiculaire de la ligne délimitant la fin de la zone d'élan. Pour un lancer à

80m en limite de secteur, la perte est d'environ 3,10 m. Nous pouvons donc estimer que

NIKKANEN et peut-être JÄRVINEN avaient déjà dépassé cette ligne symbolique. A partir de

1953, la mesure se fait à la face interne d'un arc de cercle en bois de 7cm de large et 5cm

d'épaisseur posé sur le sol, en herbe ou cendrée, et maintenu par de longues fiches. L'arc de cercle

d’un rayon de 8 m permet une mesure identique quelque soit le point d'impact à l'intérieur du

secteur. C'est une avancée certaine.

La tenue est codifiée à l'identique des autres disciplines : maillot et short ou combinaison.

Les lanceuses et lanceurs utilisent des chaussures munies de pointes, de grande longueur à l'époque

des pistes en herbe (jusqu'à 40 mm), maintenant limitée à 12 mm. Les athlètes du javelot partagent

avec ceux du saut en hauteur le droit d'avoir des pointes aux talons de leurs chaussures (2 puis

maintenant 4). De plus, une bride de renfort sur le cou de pied est permise. Les musées de Tampéré

et Pithipudas en Finlande possèdent une belle collection de ces chaussures. Enfin le port de ceinture

est autorisé. Dans un premier temps c'est le modèle haltérophile qui est transposé puis les fabricants

proposeront une gamme spécifique maintenant largement répandue et apportant un avantage

technique certain. Tout autre apport doit faire l'objet d'un certificat médical (contention, bandage)

en justifiant l'usage thérapeutique exceptionnel.

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