LA LONGUEUR

 

 

 

 

 

SAUT EN LONGUEUR

Geste spontané de l’homme, le saut a permis dans un premier

temps de franchir des fossés ou des ruisseaux. Comme ce fut le cas pour

d’autres activités physiques répondant à un motif utilitaire, sauter le plus

loin possible devint ensuite un jeu. Un trait sur le sol, quelques foulées

d’élan, la compétition était née. On retrouve ainsi le saut en longueur

dans certaines les manifestations sportives de l’Antiquité dès le XIX

 

ème

siècle avant JC, comme par exemple dans les Jeux Celtiques. Les Grecs

le codifient et l’inscrivent ensuite aux Jeux Olympiques : le sauteur court sur la piste d’élan

avec dans chaque main de petites haltères en pierre de 1 à 5 kgs, il prend son impulsion à

partir d’un point précis en bois ou en pierre et retombe sur une aire de réception meuble

légèrement surélevée après avoir lâché les haltères pour s’alléger. Les études des historiens

laissent penser qu’ils pouvaient sauter ainsi entre 5,50 m et 5,80 m.

Ce saut avec haltères est repris au XIX

 

ème

siècle en Angleterre par les athlètes

professionnels d’alors. HOWARD aurait sauté ainsi 9,02 m, mais avec impulsion sur un

tremplin de 4 cm. Il disparaît de la scène athlétique au moment où l’amateurisme impose ses

règles, et le premier record du monde homologué est de 6,38 m par BULLER. A la fin du

XIX

 

ème

siècle, les américains commencent à s’intéresser à la spécialité et en 1886, ils

inventent la planche d’appel.

1. Evolutions au niveau international

Records du Monde hommes : seuls treize athlètes….

Discipline de vitesse-détente, le saut en longueur couronne des athlètes de talent

possédant ces deux qualités, avec l’une ou l’autre en dominante. Mais, depuis le début du

XX

 

ème

siècle, ce sont les grands sprinters américains qui ont le plus marqué leur époque, avec

des performances exceptionnelles comme celles de William DE HART

HUBBARD avec 7,89 m en 1925, Jesse OWENS avec 8,13 m en 1935, et

encore Carl LEWIS avec 8,87 m en 1991. D’autres, plus « sauteurs » au

départ ont amélioré leur performance en réalisant de gros progrès en sprint

(Alvin KRAENZLEIN (USA) 7,43 m en 1899, Chuhei NAMBU (JAP)

7,98 m en 1931 et plus près de nous Igor TER OVANESSIAN (URSS)

8,31 m en 1962, Bob BEAMON (USA) 8,90 m en 1968, Larry MYRICKS

(USA) 8,74 m en 1988, Mike POWELL (USA) 8,95 m aux championnats

du monde à Tokyo en 1991). Toujours considérée comme primordiale, la vitesse de décollage

est depuis longtemps, au même titre que la détente, la principale préoccupation des athlètes et

des entraîneurs.

La phase aérienne, longtemps réduite à un « regroupé » des deux pieds après

l’impulsion, se complexifie progressivement au début du XX

 

ème

siècle. Les Américains

commencent à utiliser l’extension dans les années 1910. Le décathlonien américain Jim

THORPE sautant ainsi aux Jeux olympiques de 1912 à Stockholm en est une bonne

illustration. Un autre Américain Robert LEGENDRE est le premier utilisateur du « hitch

kick » (pédalage en l’air ou « coup de ciseau ») dès 1929. Le gain observé, en favorisant

l’équilibre du corps pour un meilleur atterrissage, n’est cependant pas assez perceptible pour

que cette technique s’impose massivement, à l’inverse des transformations techniques opérées

par exemple au saut en hauteur, une discipline où le franchissement se visualise plus

2

concrètement par la présence de la barre et permet de distinguer tour à tour l’élévation de

chaque partie du corps.

Par ailleurs et contrairement au saut en hauteur, les aménagements matériels du saut en

longueur n’ont pas engendré de gros progrès techniques, mis à part celui apporté par

l’amélioration du revêtement des pistes d’élan plus élastique et « rebondissant ». En

interdisant la tentative de saut en salto avant dans les années 70, l’évolution se limite aux deux

techniques jusque là en présence, à savoir le « hang » (extension), style apparemment simple

et dépouillé, et le ciseau considéré comme plus complexe en apparence. Ceci explique peut

être la faible progression des performances depuis Jesse OWENS qui sautait déjà 8,13 m en

1935, performance qui permet encore aujourd’hui d’accéder à la finale olympique !

A l’heure actuelle, on constate qu’une majorité d’athlètes masculins de haut niveau

utilisent le ciseau ou le double ciseau, mais des sauteurs en extension figurent encore parmi

les meilleurs mondiaux. Le Soviétique Robert EMMIANN, actuel détenteur du record

d’Europe avec 8,86 m depuis 1987 fait partie de ces sauteurs en extension.

Le record du Monde masculin de la spécialité contrairement à celui

des autres épreuves du registre athlétique n’a appartenu qu’à un nombre

limité de privilégiés : seuls treize athlètes sont parvenus à graver leur nom

dans la cire des tablettes depuis 1900 ! Notons que Ralph BOSTON

(USA) bat le record du monde à six reprises, Peter O’CONNOR (IRL)

quatre fois et Igor TER OVANESSIAN (URSS) deux fois. Ce dernier est

le premier Européen à franchir la ligne des 8 mètres. Ralph BOSTON et

Igor Ter OVANESSIAN sont les seuls à

récupérer leur record du monde après l’avoir

perdu ! Enfin Jesse OWENS conserve son bien

pendant 25 ans et Bob BEAMON le sien pendant 23 ans ces deux

champions améliorant le précédent record respectivement de 15 et

55 centimètres. Annoncé alors comme record pour l’éternité il tient

en fait 23 ans et Mike POWELL le porte à 8,95 m lors d’un

fabuleux duel avec Carl LEWIS à Tokyo en 1991.

Enfin, la carrière du Cubain Ivan PEDROSO mérite d’être évoquée. A Sestrières, en

1995, il retombe à 8,96 m avec un vent mesuré à 1,2 m/s, mais la présence d'un officiel devant

l'anémomètre ayant vraisemblablement faussé la mesure, le record ne sera pas homologué par

l'IAAF. Champion olympique en 2000 à Sydney, quatre fois champion du monde en plein air

de façon consécutive entre 1995 et 2001 (cinq fois en salle), le talentueux sauteur en longueur

cubain n’inscrit pourtant jamais son nom sur les tablettes du record du monde ! L’Américain

Dwight PHILLIPS, avec un record à 8,60 m est lui aussi à intégrer dans le gotha mondial des

sauteurs avec ses deux titres de champion du monde en 2003 et 2005, et un titre olympique en

2004 à Athènes.

Aujourd’hui, avec un record à 8,73 m, un titre olympique en 2008 (le premier de

l’histoire pour Panama) et un titre de champion du monde en 2007 à Osaka, le Panaméen

Irving SALADINO domine le saut en longueur.

Records du Monde femmes : Galina CHISTYAKOVA, imbattable ? ….

On peut remarquer, curieusement, que les athlètes féminines font des choix plus

rudimentaires en matière d’équilibration. Quelques athlètes, à l’image de l’Américaine Carole

LEWIS (soeur de Carl : 7,04 m en 1985) ont utilisé le double ciseau mais n’ont pas fait école,

3

la russe Lebedeva médaillée d’argent à Pékin s’y essayant cependant depuis

peu. L’évolution du record du monde est plus progressive chez les femmes

que chez les hommes.

Autre différence : les figures marquantes de la spécialité ont souvent

été et sont encore aujourd’hui des athlètes pratiquant également une autre

discipline. Sprint-Longueur pour Irena SEWINSKA (POL) dans les années

60 et Heike DRESCHLER (RDA) dans les années 80, Longueur-Pentathlon

pour Heide ROSENDAHL (RDA) dans les années 70, Longueur-

Heptathlon ensuite avec Jackie JOYNER-KERSEE (USA) dans les années

90 et plus près de nous Eunice BARBER (FRA), Longueur-Triple Saut actuellement pour

Tatiana LEBEEDEVA (RUS).

A ce jour le record du monde de la spécialité est la propriété de l’athlète soviétique

Galina CHISTYAKOVA auteur d’un saut à 7,52 m en 1988 à Leningrad.

2. Evolution en France

Hommes : Salim SDIRI, chef de file

En France, le Bordelais Charles HERVOCHE est le 1

 

er

à atteindre les 7 mètres en

1908. Le premier grand sauteur du XX

 

ème siècle est Robert PAUL qui est quant à lui le 1er

à

atteindre les 7,50 m en 1932 et qui bat à de nombreuses reprises le record de France pour le

porter à 7,70 m en 1935 en réalisant déjà un double ciseau. Mais, c’est Ernest WANKO qui

obtient la 1

 

ère

médaille européenne française en 1954 (bronze) avec un saut à 7,41 m,

performance rééditée par le Lorientais Jean COCHARD lors des Championnats d’Europe de

Budapest en 1966. Un an plus tard, Jack PANI devient le 1

 

er

sauteur français à dépasser la

ligne « mythique » des 8 mètres en atterrissant à 8,02 m.

Les années 1970 voient ensuite une belle émulation entre Jean-François BONHEME,

adepte du double ciseau, champion d’Europe indoor avec 8,17 m en 1974 et le Guadeloupéen

Jacques ROUSSEAU, sauteur en extension, champion d’Europe en 1978 à Prague, après avoir

porté le record de France à 8,26 m en 1976. Ce record résiste aux assauts d’Emmanuel

BANGUE remarquable 4

 

ème

des Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, et c’est finalement le

Clermontois Kader KLOUCHI qui le bat en 1997 avant de le porter à 8,30 m en 1998. Ce

record tient encore aujourd’hui.

Parmi les sauteurs en activité actuellement, Salim SDIRI , 5

 

ème

des

Championnats du monde à Helsinki en 2005, a porté le record de France indoor à

8,27 m en 2006 avant de voir sa carrière momentanément interrompue en 2007

par un rarissime accident, « poignardé » par un javelot lors du Meeting de Rome.

Pour être complet, il faut également évoquer Kafetien GOMIS qui avec un record

à 8,21 m est un de ses plus sérieux adversaires. Yann DOMENECH reste quant à

lui celui qui a approché de plus près le record de France avec un bond à 8,28 m en

2004. Ce dernier est également le détenteur de la meilleure performance française

tout temps avec un bond à 8,05 m à 19 ans.

Dames : Eunice BARBER championne du Monde

Chez les femmes, Germaine GAGNEUX est la 1

 

ère

à

dépasser les 5 mètres en 1924 et Marthe DJAN la 1

 

ère

à atteindre les

6 mètres en 1958. Si Yvonne CURTET-CHABOT accède à la finale

des Jeux de Londres en 1948, on relève peu de performances

françaises de niveau international dans les années 70 et 80, Jackie

4

CURTET, la fille d’Yvonne, portant le record de France à 6,62 m en 1978. Nadine CASTER

se rapproche de l’élite internationale en franchissant 6,94 m en 1995 mais ne réussit pas à

rééditer cette performance par la suite.

Et, c’est Eunice BARBER qui dépasse la 1

 

ère

la ligne des 7 mètres en 1999. Elle porte

ensuite le record de France à 7,05 m en 2003 quelques semaines après avoir décroché le titre

de Championne du monde au Stade de France et est à nouveau médaillée de bronze sur la

discipline deux ans plus tard aux championnats du monde à Helsinski.

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